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L’Afrique réclame des capitaux, pas la charité, selon Macron

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Le président français a estimé lundi à Nairobi que le continent africain avait besoin d’investissements privés plutôt que d’une aide publique que l’Europe n’est plus en mesure de fournir, et a appelé à un nouveau partenariat économique.

Emmanuel Macron s’exprimait lors de la première journée du sommet franco-africain intitulé “Africa Forward”, qui se tient pour la première fois dans un pays anglophone, le Kenya. L’événement a débuté par des échanges avec la jeunesse et la société civile, avant une session plus diplomatique prévue mardi. Selon le chef de l’État français, ce type de rendez-vous aurait autrefois débuté par des discussions entre dirigeants, mais l’époque où les responsables français venaient dicter leurs conditions est révolue. “Voilà ce qui est bon pour vous, on va vous aider”, a-t-il résumé en parodiant l’ancien modèle, avant d’affirmer que cette approche ne correspondait plus ni aux besoins ni aux attentes de l’Afrique.

Le président a souligné que l’Europe n’avait plus les moyens financiers de maintenir des niveaux d’aide élevés, une réalité illustrée par la baisse de l’aide publique au développement. En France, celle-ci a reculé de 10,9 % en 2025, tandis que la chute mondiale atteignait 23,1 %, principalement en raison des coupes drastiques décidées par les États-Unis, selon les données de l’OCDE. “L’Afrique est en train de réussir et elle a besoin d’investissements pour renforcer sa souveraineté”, a-t-il insisté, en présentant ce sommet comme résolument tourné vers les entreprises et l’économie.

Le président kényan William Ruto, qui accueillait son homologue, a plaidé pour des financements massifs dans l’éducation et les infrastructures, en particulier pour accompagner la révolution technologique de l’intelligence artificielle. Il a exprimé le souhait de voir les plus grandes entreprises mondiales participer à ce développement. Les deux dirigeants ont également souligné que l’essor de l’IA ne serait pas possible sans un approvisionnement énergétique solide, évoquant l’accord franco-kényan signé la veille dans le domaine du nucléaire civil.

Emmanuel Macron a martelé l’interdépendance des destins européen et africain. “Si vous échouez, nous n’avons aucune chance. Votre jeunesse quittera vos pays et nous aurons de fortes tensions migratoires”, a-t-il averti. Dans un entretien publié lundi, il a défendu les Européens comme des partenaires privilégiés face aux États-Unis et surtout à la Chine. Il a rappelé avoir condamné la colonisation dès son arrivée au pouvoir en 2017, mais a estimé que les sept décennies post-indépendances ne devaient pas exonérer les dirigeants africains de leurs responsabilités en matière de gouvernance.

Rejetant les critiques sur le passé colonial, il a affirmé que les Européens n’étaient pas les prédateurs du siècle. “L’Europe défend l’ordre international, le multilatéralisme, l’État de droit et le commerce libre”, a-t-il déclaré, tandis que les États-Unis et la Chine seraient engagés dans une logique de confrontation commerciale sans respect des règles. Sur les minerais critiques et les terres rares, il a accusé la Chine d’adopter une approche prédatrice en transformant ces ressources sur son sol, créant ainsi des dépendances. “Ce n’est pas ce que nous proposons”, a-t-il assuré, plaidant pour une stratégie d’autonomie commune à l’Europe et à l’Afrique, afin de ne pas dépendre d’un nouvel empire.

Il a une nouvelle fois appelé à une réforme de l’architecture financière internationale, afin de mettre en place des systèmes de garanties capables d’attirer les investisseurs privés en Afrique. Ce cheval de bataille, partagé avec son homologue kényan, sera au cœur des discussions du second jour du sommet.

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