Économie
Lafarge face à ses choix stratégiques en Syrie


Le procès du cimentier français révèle les mécanismes de financement ayant permis le maintien de ses activités dans des zones contrôlées par des groupes armés.
L’audience du tribunal correctionnel de Paris a mis en lumière les décisions prises par les anciens dirigeants de Lafarge pour préserver leur usine syrienne. Confrontés à la complexité du conflit, ces cadres expliquent avoir opté pour des versements financiers à diverses factions, dont certaines étaient déjà classées comme organisations terroristes. La filiale syrienne du groupe industriel aurait ainsi transféré plusieurs millions d’euros entre 2013 et 2014.
Les débats ont particulièrement porté sur le fonctionnement de Lafarge Cement Syria après le retrait des expatriés en juillet 2012. Malgré l’arrêt initial des installations, la reprise de la production quelques semaines plus tard par le personnel local a nécessité la mise en place d’un système de paiements sécurisés. D’anciens responsables évoquent un dispositif visant à garantir la libre circulation des employés et des marchandises aux checkpoints.
L’actionnaire minoritaire syrien Firas Tlass apparaît comme un intermédiaire clé dans ces transactions. Bien que cité dans la procédure, son absence à l’audience conduit à son jugement par défaut. Les échanges épistolaires examinés par la cour montrent une organisation structurée autour de deux types de financements, les uns destinés à l’approvisionnement en matières premières, les autres qualifiés de contributions pour la sécurité.
Un ancien directeur général adjoint du groupe a décrit ces pratiques comme une forme de taxation généralisée dans le contexte syrien. Il justifie ces choix par la nécessité de protéger à la fois les équipements industriels et les employés locaux. La prise de contrôle de l’usine par l’organisation État islamique en septembre 2014 a cependant mis un terme définitif à ces arrangements.
La défense des prévenus s’articule autour de l’idée d’un dilemme entre deux options jugées défavorables. Ils affirment avoir privilégié la solution permettant de maintenir l’outil de production tout en préservant les emplois locaux. L’ancien président-directeur général conteste pourtant toute connaissance préalable de ces versements, créant une divergence notable dans les versions présentées à la justice.





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