Monde
La jeunesse chinoise en quête de sérénité : l’étonnante mode des « retraites précoces » à la campagne


Face à la pression urbaine et au marasme économique, de jeunes Chinois optent pour une pause salvatrice loin des métropoles, redéfinissant leur rapport au travail.
Dans le paysage social chinois émerge un phénomène inédit : des trentenaires choisissent délibérément de mettre leur carrière entre parenthèses pour se réfugier dans des havres ruraux. Ces « maisons de retraite pour jeunes », comme elles se surnomment, proposent des séjours prolongés où l’on cultive l’art de vivre lentement. Wang Dong, 29 ans, ancien employé dans l’hôtellerie, incarne cette tendance. Installé dans une auberge de Dali, ville bucolique du Yunnan, il consacre ses journées à la méditation, aux randonnées et aux échanges philosophiques, loin des impératifs productivistes.
Cette démarche, bien que marginale, bouscule les normes d’une société où le Parti communiste exalte traditionnellement le labeur et la croissance. Les autorités ont d’ailleurs multiplié les mises en garde contre l’oisiveté, appelant la jeunesse à « manger de l’amertume » – euphémisme pour endurer les sacrifices. Pourtant, face à un chômage record chez les 16-24 ans (plus de 15 %) et à l’épuisement professionnel, certains préfèrent repenser leur existence.
Les établissements comme celui de Yan Bingyi, 37 ans, fondateur d’une de ces résidences, misent sur la convivialité et les activités collectives – cuisine, jeux, excursions – pour aider leurs hôtes à se reconstruire. « La pression sociale finit par devenir insoutenable. Ici, on respire », confie-t-il. Loin d’être un repaire de fainéants, ces lieux se veulent des incubateurs de résilience, où l’on apprend à « recharger ses batteries » avant de retrouver le monde professionnel.
Certains, comme Chen Qiankun, 21 ans, rejettent cependant l’étiquette « retraite », y voyant une passivité contreproductive. Ce jeune entrepreneur forme des ruraux au numérique près de Pékin, incarnant une autre réponse aux défis économiques : réinvestir les campagnes délaissées. « S’accorder une pause est légitime, mais il faut éviter la léthargie durable », souligne-t-il.
Entre quête de sens et réalités socio-économiques, cette génération réinvente ainsi les codes du travail, oscillant entre repli temporaire et engagement alternatif. Une tendance qui interroge autant qu’elle inspire, dans un pays où le modèle de réussite reste profondément lié à la productivité.





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