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La gare fantôme du bout du rail sud-coréen rêve encore de rejoindre le Nord
Au milieu des barbelés, une petite gare abandonnée depuis la guerre de Corée renaît lentement. Symbole d’un rapprochement espéré, elle tombe pourtant au…


Au milieu des barbelés, une petite gare abandonnée depuis la guerre de Corée renaît lentement. Symbole d’un rapprochement espéré, elle tombe pourtant au plus mal dans le jeu de dupes entre Séoul, Pyongyang et Washington.
Le long de la zone la plus militarisée du monde, la gare de Woljeong-ri a longtemps attendu. Avant la guerre de 1950-1953, elle faisait partie d’une ligne qui reliait Séoul à Wonsan, aujourd’hui en Corée du Nord. Puis le conflit l’a coupée du reste du réseau, et les trains ne sifflent plus. En 2015, les autorités sud-coréennes ont lancé des travaux pour la restaurer, avec une idée précise en tête. Redonner vie à une région frontalière et envoyer un signe à Pyongyang. Mais tout s’est arrêté un an plus tard, quand la Corée du Nord a procédé à son quatrième essai nucléaire.
Le président sud-coréen Lee Jae Myung tend pourtant la main depuis juin dernier. Il propose des discussions sans conditions, un traité de paix et le rétablissement du rail entre les deux pays. La Corée du Nord ne répond pas. En face, Donald Trump a brutalement écourté les manœuvres militaires avec Séoul, jugeant qu’elles envoyaient un signal hostile à Kim Jong Un. Il assure vouloir le rencontrer à nouveau. La riposte est tombée sous la forme d’une salve d’une dizaine de missiles balistiques à courte portée. Le geste de Séoul se retrouve écrasé par cette partie à trois bandes.
Dans le comté frontalier de Cheorwon, l’accueil est tiède. Un habitant de 70 ans, né sur place, résume le sentiment général. Selon lui, ce projet ferroviaire donne l’impression d’une course à la réconciliation qui ne débouche sur rien de concret. Pourquoi restaurer une gare poussiéreuse quand l’autre camp garde ses distances ?
Séoul voit pourtant plus loin. Le ministre de l’Unification a annoncé en juillet que la priorité n’était plus la dénucléarisation, mais la limitation de l’expansion du programme nucléaire nord-coréen. Pyongyang, qui répète que sa force nucléaire est irréversible, ne semble pas ébranlé. Les États-Unis, de leur côté, pourraient chercher une victoire diplomatique avant les élections de mi-mandat, reléguant la Corée du Sud au second rôle. Un universitaire spécialiste de la péninsule résume la peur de Séoul. La Chine, la Russie et les États-Unis discutent tous avec Pyongyang d’une manière ou d’une autre, tandis que Séoul reste à la porte.
Sur la ligne désaffectée, la nature reprend ses droits. Les ronces grimpent sur les rails entre Woljeong-ri et la gare de Baengmagoji. Un panneau proclame que les trains veulent rouler à nouveau. Restaurer les infrastructures dès maintenant pourrait faire gagner du temps si les liaisons sont un jour rouvertes, reconnaît un chercheur de l’université Kyungnam. Puis il précise que dans l’état actuel des choses, l’entreprise tient de la mission impossible. Le projet doit aussi attirer les touristes dans cette zone frontalière. Une locomotive criblée de balles, souvenir de la guerre, trône près de la gare. Elle rappelle que la séparation, elle, n’a jamais pris de repos.
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