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La Bolivie vire son ministre de l’Économie en pleine crise historique
Rodrigo Paz a dû se séparer de José Gabriel Espinoza après un vote des députés. Le pays traverse sa pire passe économique depuis quarante ans et le…


Rodrigo Paz a dû se séparer de José Gabriel Espinoza après un vote des députés. Le pays traverse sa pire passe économique depuis quarante ans et le gouvernement encaisse un nouveau coup dur.
Le gouvernement bolivien a annoncé vendredi le départ de son ministre de l’Économie. José Gabriel Espinoza a été destitué par décret présidentiel publié au Journal officiel. La veille, mardi, les parlementaires l’avaient censuré parce qu’il ne s’était pas présenté devant eux pour répondre de sa gestion. Il devait notamment s’expliquer sur l’émission d’obligations souveraines et sur les retards dans la préparation du budget de l’État. Sa défense, un déplacement à Santa Cruz puis au Brésil, n’a pas convaincu l’assemblée.
Le vote de censure a été serré. Sur les 166 parlementaires que compte le pays, 129 étaient présents et 91 ont voté contre le ministre. Le gouvernement a d’abord refusé de le démettre, estimant que la majorité des deux tiers n’était pas atteinte. Le Parlement a maintenu sa décision et l’affaire a été portée devant le Tribunal constitutionnel. En attendant, Oscar Mario Justiniano Pinto, ministre de la Production durable, de l’Environnement et de l’Eau, assure l’intérim. Une situation fragile pour un pouvoir déjà ébranlé.
Car l’exécutif accumule les déboires. Quelques jours avant cette destitution, l’Argentin Fernando Cerimedo, conseiller personnel de Rodrigo Paz, a été arrêté. Il est accusé d’avoir planifié une attaque armée. Le pays sort aussi de sept semaines de manifestations et de barrages routiers, en mai et juin, menés par des ouvriers et des enseignants. Ils dénonçaient l’inaction face à la crise et réclamaient la démission du président.
Ce revers intervient alors que Rodrigo Paz tente de redresser une économie exsangue. Arrivé au pouvoir en novembre dernier, il a mis fin à près de vingt ans de domination de la gauche, d’abord avec Evo Morales puis avec Luis Arce. Son pari, un rapprochement avec les États-Unis et les institutions financières internationales pour obtenir des financements. Avec Espinoza à l’Économie, le gouvernement a négocié des programmes avec la Banque interaméricaine de développement, la banque CAF et le Fonds monétaire international pour un total d’environ 9,5 milliards de dollars.
Mais la tâche est immense. La Bolivie a épuisé ses réserves en dollars, notamment pour financer les subventions aux carburants que Paz a supprimées dès son arrivée. Le déficit public reste lourd, la production d’hydrocarbures s’effondre, l’économie stagne et les pénuries de carburant sont devenues chroniques. Seule lueur, l’inflation a nettement reculé, passant de 21% sur un an en novembre à 5% en juillet. Pour attirer les investisseurs étrangers, le président a présenté à la mi-août un projet de nouveau régime d’investissement avec des incitations et des changements réglementaires. Reste à savoir si ce plan survivra à la tempête politique.
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