Société
Nouvelle journée de mobilisation lycéenne, et cette fois les syndicats marchent à leurs côtés
Des dizaines de milliers de lycéens sont attendus dans toute la France pour une troisième grande journée de mobilisation. Un mouvement né en région…


Des dizaines de milliers de lycéens sont attendus dans toute la France pour une troisième grande journée de mobilisation. Un mouvement né en région parisienne, qui déborde désormais les cadres habituels et met un gouvernement déjà sous pression face à ses contradictions.
Un peu partout dans le pays, les lycées s’apprêtent à vivre une nouvelle journée de blocages et de défilés. À Paris, Lyon, Marseille et dans une trentaine d’autres villes, les élèves réclament des moyens et une place nouvelle pour la jeunesse. Cette fois, ils ne seront pas seuls dans la rue. Une intersyndicale de l’Éducation nationale, qui rassemble la FSU, la CGT, FO, la CFDT, l’Unsa, Sud et Solidaires, a explicitement appelé ses troupes à rejoindre les cortèges. Sophie Binet, responsable à la CGT, a promis que ses militants seraient présents pour protéger les lycéens, alors que les blocages se sont très souvent terminés en affrontements avec les forces de l’ordre.
Les revendications, elles, n’ont pas varié depuis le début. Les lycéens dénoncent le manque de moyens, des bâtiments insalubres, des professeurs jamais remplacés, en particulier dans les quartiers populaires, mais aussi les pressions et les inégalités générées par Parcoursup. À leurs côtés, les étudiants comptent bien grossir les rangs. Eloïse Lefebvre-Milon, de l’Union étudiante, revendique déjà une trentaine de sites bloqués et assume l’objectif d’une convergence entre lycéens, étudiants et salariés d’autres secteurs qui commencent à apporter leur soutien. La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole classé à gauche, a de son côté invité les agriculteurs à faire converger les colères et à rejoindre la mobilisation avec leurs tracteurs.
Si cette nouvelle journée est si scrutée, c’est que les précédentes ont laissé des traces. Depuis le lancement du mouvement, 215 élèves ont été blessés, l’immense majorité selon les autorités à cause d’accidents ou de l’action d’individus extérieurs. À Lens, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée, ce qui a immédiatement provoqué l’indignation de la gauche sur la doctrine de maintien de l’ordre. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil pendant un blocage, le parquet ayant évoqué des lésions compatibles avec un tir de LBD. Le bilan humain est lourd dans les deux camps, avec plus de 700 blessés chez les forces de l’ordre et près d’une centaine chez les personnels de l’éducation. Plus de 6 000 interpellations ont eu lieu depuis fin septembre et plus de 5 000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue. Dix enquêtes ont par ailleurs été ouvertes par l’inspection chargée de contrôler la police. Pour la manifestation parisienne, environ 2 000 policiers et gendarmes seront déployés face à un cortège estimé entre 20 000 et 40 000 personnes, la vigilance portant aussi sur des rassemblements non déclarés en préfecture.
Le tout dans un contexte politique particulièrement tendu. À un peu plus de six mois de la présidentielle, un scrutin où certains de ces lycéens voteront pour la première fois, la hausse des prix et la recherche d’économies budgétaires touchent de plein fouet la jeunesse, à commencer par les aides au logement. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation resté discret jusqu’ici et propulsé en première ligne pour tenter d’éteindre le feu, reconnaît une génération qui a le sentiment de ne pas être suffisamment prise en compte dans les décisions qui la concernent directement. Matignon appelle de son côté à une contestation encadrée, légale et démocratique, alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu doit jongler depuis un an entre rétablissement de l’ordre public et écoute des revendications d’un mouvement sans porte-parole clairement identifié. Pour le sociologue Olivier Galland, directeur de recherche émérite au CNRS, ce mouvement est atypique parce qu’il ne répond pas à une réforme de l’éducation ou de la jeunesse, mais surgit de façon bien plus spontanée et éruptive.
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