Monde
La Chine durcit le ton contre les romances homosexuelles féminines

Les autorités chinoises intensifient leur répression contre les autrices de fictions BL, un genre littéraire qui défie les normes sociales traditionnelles.
En Chine, les récits de *boys’ love*, ces romances mettant en scène des relations homosexuelles masculines à destination d’un public majoritairement féminin, font l’objet d’une surveillance accrue des forces de l’ordre. Ces dernières mois, plusieurs écrivaines ont été interpellées pour avoir publié des œuvres jugées contraires à la législation sur les contenus obscènes.
Ce genre littéraire, né au Japon dans les années 1960, s’est imposé comme un espace de liberté pour les minorités sexuelles et les féministes. Les histoires, souvent écrites par des femmes hétérosexuelles, remettent en question les stéréotypes de genre. « C’est une forme de résistance à la domination patriarcale », confie une autrice de 22 ans, écrivant sous pseudonyme.
Les poursuites judiciaires se multiplient, notamment à Lanzhou, dans le nord-ouest du pays, où des enquêteurs ont ciblé des plumes amateurs dont les revenus restent marginaux. La loi chinoise interdit en effet de tirer profit de la diffusion de contenus érotiques, avec des peines pouvant atteindre dix ans d’emprisonnement pour les infractions les plus graves. Bien que des exceptions existent pour les œuvres artistiques, leur application relève souvent de l’appréciation des forces de l’ordre.
Certaines affaires ont suscité l’indignation, comme celle d’une jeune femme menacée de plusieurs années de détention pour deux ouvrages ayant généré moins de 250 euros de revenus. Des avocats dénoncent des critères juridiques dépassés et des méthodes policières abusives, certaines enquêtes étant menées à des milliers de kilomètres du lieu de résidence des autrices.
Cette offensive s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des droits LGBT+, malgré la dépénalisation de l’homosexualité en 1997. Les adaptations télévisuelles de romans BL sont régulièrement censurées, les relations amoureuses étant édulcorées en simples amitiés. En 2018, une écrivaine avait écopé d’une décennie de prison pour un récit mettant en scène une relation entre un enseignant et son élève.
Face à cette pression, de nombreuses autrices ont supprimé leurs publications en ligne, tandis que d’autres, comme Miu Miu, continuent d’écrire en secret. « L’éducation sexuelle est devenue un tabou, constate-t-elle. Mais cette répression pourrait aussi marquer le début d’une prise de conscience collective. »

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