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Gabriel Attal, le prodige qui défie son propre camp

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À 37 ans, l’ancien plus jeune Premier ministre de la Ve République s’affirme comme la figure montante du parti présidentiel, tout en prenant ses distances avec Emmanuel Macron.

Gabriel Attal a choisi un décor de carte postale, Mur-de-Barrez dans l’Aveyron, pour annoncer une candidature qu’il préparait en secret depuis des mois. Ce village, perdu au milieu des paysages verdoyants, contraste avec le parcours de ce Parisien formé à l’École alsacienne et à Sciences Po, élu de Vanves. L’image soigneusement travaillée d’un homme du peuple, loin des ors de la République, ne doit rien au hasard.

L’ascension de ce professionnel de la politique a été fulgurante. Après un passage d’un an à la Villa Médicis et quatre mois comme consultant indépendant, il entre à l’Assemblée nationale en 2017, à 28 ans. Mais ses cinq années passées comme conseiller de la ministre socialiste Marisol Touraine lui avaient déjà ouvert les portes des coulisses du pouvoir. Depuis, celui qui avait rejoint le Parti socialiste pour soutenir Ségolène Royal en 2007 semble s’être réapproprié les codes de Nicolas Sarkozy, de la défense des classes moyennes à la critique des blocages français.

Symbole du « en même temps » macroniste, Gabriel Attal n’a pourtant jamais appartenu au cercle intime du chef de l’État. Proche de Stéphane Séjourné, aujourd’hui commissaire européen et qu’il qualifie dans un ouvrage personnel d’« homme de sa vie », il a su tracer sa propre route. Dès 2018, il devient le plus jeune membre d’un gouvernement français, une performance qui le distingue des amateurs souvent moqués par Emmanuel Macron.

Porte-parole en 2020, ministre des Comptes publics en 2022, puis de l’Éducation nationale en 2023, Gabriel Attal a fait de la communication son arme principale. Entouré d’une équipe de conseillers fidèles, il pèse chacun de ses mots. À l’Assemblée, il dénonce la « gréviculture » des syndicats. Au Budget, il invente les « dialogues de Bercy » avec les oppositions. À l’Éducation, il interdit l’abaya et lance un « choc des savoirs ». Jusqu’à ses formules de Premier ministre, comme ce « tu casses, tu réparas, tu salis, tu nettoies », qui lui valent une réputation d’autorité. Un dirigeant centriste résume pourtant le personnage : « C’est un pro de la com avant tout. Mais cela ne correspond pas à une offre politique cohérente. »

Le prodige a longtemps fait le bonheur de l’Élysée. En 2023, un conseiller du président le décrivait comme « celui qui incarne le mieux l’ADN du macronisme ». Mais les relations se sont rapidement tendues après sa nomination à Matignon en janvier 2024. Un Salon de l’Agriculture apocalyptique pour le président, contrastant avec la gestion plus apaisée de la colère agricole par son jeune Premier ministre en Haute-Garonne, a marqué le début des tensions. La dissolution de l’Assemblée, décidée sans le consulter, a scellé la rupture.

Gabriel Attal a alors pris son indépendance. Il a mené la campagne des législatives, pris la tête du groupe macroniste à l’Assemblée, puis du parti, sans rencontrer d’opposition sérieuse. Depuis, il s’efforce de donner une ligne doctrinale à Renaissance, n’hésitant pas à proposer des mesures polémiques comme l’interdiction du voile pour les mineures de moins de 15 ans ou une gestation pour autrui « éthique ». Au risque de perdre une partie de la macronie.

« Je ne me vis pas du tout comme le gardien d’un temple macroniste », répond-il. « Tout a changé dans le défi que doit relever le pays par rapport à 2017 et même à 2022. » Promettant une campagne permanente, Gabriel Attal entend bien supplanter un autre ancien Premier ministre, Édouard Philippe, comme représentant du bloc central. Les piques entre les deux camps commencent à fuser, mais la perspective d’un ralliement au mieux placé est admise et programmée début 2027, face au risque du Rassemblement national. Un cadre d’Horizons prédit pourtant : « Attal ne sera pas président. Les gens ne voteront pas une troisième fois pour Macron. Malgré la mésentente, il en est la créature. »

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