Société
En RDC, les rumeurs sur Ebola freinent les soignants et mettent des vies en danger
Des vidéos niant l’existence du virus circulent massivement, alors que l’épidémie a déjà fait une centaine de morts. Résultat : des malades arrivent trop…


Des vidéos niant l’existence du virus circulent massivement, alors que l’épidémie a déjà fait une centaine de morts. Résultat : des malades arrivent trop tard à l’hôpital, des équipes médicales sont agressées, et la lutte patine.
Sur les réseaux sociaux, une femme assure qu’Ebola n’existe pas en République démocratique du Congo. Sa vidéo cumule des milliers de partages. Ce n’est qu’un exemple parmi des centaines. Comme pour le Covid-19, des voix remettent en cause la réalité de la maladie, accusent les autorités sanitaires de mentir ou vantent des remèdes non validés. Dans les villages, certains parlent de sorcellerie. D’autres croient que le virus est une invention du gouvernement pour attirer des aides étrangères. L’ONG ActionAid estime que dans la province de l’Ituri, une personne sur trois ne croit pas à l’existence d’Ebola. Cette défiance a un coût humain direct.
Les conséquences sont concrètes et violentes. Des malades refusent de se rendre à l’hôpital, ce qui retarde leur prise en charge et favorise la transmission. Les équipes chargées du suivi des cas contacts peinent à faire leur travail : les familles ne donnent pas d’informations, par peur ou par méfiance. Pire, les soignants subissent des agressions. Fin mai, à Bunia, des agents qui devaient enterrer un défunt selon les règles de sécurité ont été battus « presque à mort » par des proches. Ces derniers pensaient que le corps leur était confisqué pour un trafic d’organes. Quelques jours plus tôt, deux tentes d’une ONG avaient été incendiées dans un hôpital parce qu’une famille ne croyait pas à la maladie et voulait récupérer le corps. Les voitures des équipes sont régulièrement caillassées. Les travailleurs humanitaires, déjà épuisés, réclament de la sécurité pour pouvoir agir normalement.
Pourquoi ces rumeurs sont-elles si puissantes ? Plusieurs experts pointent un déficit de confiance, pas seulement d’information. En RDC, les épidémies d’Ebola surviennent souvent dans des zones marquées par l’insécurité, la pauvreté et des tensions politiques. La méfiance envers les institutions est ancienne. Les rumeurs permettent à certaines communautés de se réapproprier le récit de la maladie. Pour contrer ce phénomène, il ne suffit pas de diffuser des messages. Il faut travailler main dans la main avec les gens sur place. Des solutions existent : former des « ambassadeurs » locaux, comme des chefs traditionnels, d’anciens malades guéris ou même des guérisseurs. Eux seuls peuvent porter l’information dans les langues locales avec une crédibilité que les autorités n’ont pas toujours. Lorsqu’ils deviennent des alliés, leur influence peut retourner la situation.
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