Économie
La BCE s’apprête à relever ses taux en pleine tempête économique
Jeudi, la Banque centrale européenne devrait augmenter son taux de dépôt d’un quart de point pour contrer une inflation qui repart à la hausse. Mais cette…


Jeudi, la Banque centrale européenne devrait augmenter son taux de dépôt d’un quart de point pour contrer une inflation qui repart à la hausse. Mais cette décision, liée au conflit au Moyen-Orient, fait grincer des dents : l’économie de la zone euro est déjà essoufflée.
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’en finit pas de faire des vagues. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, le prix du pétrole flambe et l’inflation dans la zone euro atteint 3,2% en mai, bien au-delà des 2% visés par la BCE. Même en excluant l’énergie et l’alimentation, l’inflation sous-jacente grimpe à 2,5%, plus vite que prévu. Les consommateurs, eux, anticipent une hausse des prix à 4% sur un an. Du côté de l’institution, on veut agir vite pour ne pas reproduire l’erreur de 2022, quand la BCE avait tardé à réagir face à la flambée liée à la guerre en Ukraine. Relever les taux renchérit le crédit, freine la consommation et l’investissement. L’idée est simple : calmer la demande pour contenir les prix.
Mais nombreux sont ceux qui jugent le moment mal choisi. Au premier trimestre, le PIB de la zone euro a reculé de 0,2%, plombé notamment par l’Irlande. Les conséquences de la guerre pèsent déjà sur le trimestre en cours. « Cela paraît au minimum étrange de relever les taux en pleine stagflation », lance un économiste de Pictet Wealth Management. Son confrère de l’IESEG School of Management enfonce le clou : cette hausse risque d’aggraver la contraction de l’activité sans rien régler, puisque l’inflation actuelle vient du prix de l’énergie importée. Sa formule est cinglante : « Sauf à me tromper lourdement, la hausse des taux directeurs ne rouvrira pas le détroit d’Ormuz. »
Pendant ce temps, les autres grandes banques centrales bougent moins. La Réserve fédérale américaine pourrait relever ses taux d’ici la fin de l’année, mais avec seulement 50% de probabilité selon les marchés. La Banque d’Angleterre, prudente, devrait maintenir son taux à 3,75% lors de sa prochaine réunion. Et la Banque du Japon, après une hausse fin 2025, marque une pause, même si un nouveau resserrement est attendu dès juin. Pour la BCE, la décision de jeudi sera scrutée de près, mais les économistes ne prévoient pas de signal fort pour l’avenir. Le chef économiste de la banque publique KfW résume : il s’agit surtout d’envoyer un message aux marchés, aux entreprises et aux ménages que l’institution reste vigilante. Mais dans ce climat d’incertitude maximale, personne n’attend de réponse claire sur la suite.
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