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Moscou traque ses jeunes pour les envoyer au front
Des conscrits russes racontent comment ils sont piégés par un système militaire qui se durcit. Entre chasse aux réfractaires et pressions psychologiques…

Des conscrits russes racontent comment ils sont piégés par un système militaire qui se durcit. Entre chasse aux réfractaires et pressions psychologiques, l’étau se resserre.
Alexeï a longtemps évité le métro de Moscou. Ce jeune employé de banque savait que les caméras de reconnaissance faciale pouvaient le repérer. Jusqu’à ce vendredi soir de 2024, où il devait absolument rendre visite à sa mère. Il a cédé. À la station suivante, il a été interpellé. Moins de trois jours plus tard, il portait l’uniforme dans une unité militaire près de la capitale.
Son histoire n’a rien d’exceptionnel. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, la Russie a serré la vis sur la conscription. La limite d’âge est passée de 27 à 30 ans. Les convocations peuvent désormais arriver en ligne. Et les périodes de recrutement, autrefois limitées au printemps et à l’automne, s’étendent désormais toute l’année. Résultat, 295.000 jeunes hommes ont été appelés en 2025. Pour les avocats spécialisés comme Artiom Klyga, les voies légales pour échapper au service militaire ont quasiment disparu. Avant 2022, il existait des exemptions médicales, le service civil ou la poursuite d’études. Aujourd’hui, ces options sont réduites à peau de chagrin.
Une fois enrôlés, les conscrits subissent une pression constante pour signer un contrat de soldat professionnel. Ce contrat leur permet d’être envoyés en Ukraine. Les méthodes sont variées. On leur promet un salaire élevé, des postes de chauffeur ou de commis. On leur dit que l’engagement sera court. Certains instructeurs les rassurent en leur affirmant qu’ils sont les bienvenus. Mais derrière ces discours, il y a souvent des techniques plus brutales. Des conscrits sont privés de leurs téléphones, coupés de leurs proches. D’autres sont maintenus éveillés la nuit, contraints de creuser et reboucher des trous sans cesse. Un homme a même avalé une aiguille pour se faire réformer. Les avocats rapportent des cas de signatures falsifiées sur des documents d’enrôlement. Et une fois le contrat signé, les promesses verbales ne valent plus rien.
Les jeunes Russes sont piégés. Ceux qui refusent de signer peuvent être menacés de prison. Ceux qui acceptent partent souvent sans prévenir leur famille. Parfois, les parents n’apprennent la mort de leur fils qu’après coup. Aujourd’hui, le nombre de conscrits présents sur le front ukrainien atteint des records. Mais dans les casernes, certains commandants chuchotent encore aux nouvelles recrues « Ne signe rien. Ne gâche pas ta vie ». Un conseil de plus en plus difficile à suivre.

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