Monde
Des immeubles fantômes de Berlin au cœur d’un imbroglio juridique et diplomatique


Alors que l’Europe cherche à mobiliser les actifs russes au profit de l’Ukraine, la capitale allemande peine à statuer sur le sort de trois bâtiments abandonnés, propriété de Moscou depuis l’époque soviétique. Un dossier qui illustre les complexités pratiques derrière les déclarations de principe.
Dans le quartier berlinois de Karlshorst, trois immeubles résidentiels des années 1930 se dégradent lentement, entourés de palissades. Ces édifices, autrefois utilisés pour loger les forces soviétiques stationnées en Allemagne de l’Est, sont restés la propriété de la Russie après la réunification et le départ des troupes en 1994. Aujourd’hui, leurs façades sont envahies par la végétation et leurs vitres sont brisées, offrant un refuge occasionnel à la faune locale bien plus qu’à des habitants.
Une élue municipale d’origine ukrainienne milite depuis deux ans pour que ces biens immobiliers, surnommés les « maisons russes », soient mis sous séquestre ou saisis au bénéfice de Kiev. Elle souligne également le paradoxe de voir ces logements potentiels laissés à l’abandon dans une ville en proie à une crise du logement aiguë. Les riverains s’interrogent régulièrement sur l’immobilisme qui entoure ces bâtiments.
Pourtant, malgré la volonté affichée, aucune procédure concrète n’a été engagée. Le dossier bute sur un enchevêtrement de questions juridiques, administratives et de prudence diplomatique. La municipalité centrale de Berlin indique que toute utilisation des lieux nécessiterait l’accord de la Russie, accord qui n’a jamais été obtenu malgré une sollicitation en 2020. Elle renvoie la responsabilité d’une éventuelle expropriation – fondée par exemple sur le défaut d’entretien – à l’arrondissement de Lichtenberg, qui à son tour évoque des consultations avec le ministère des Affaires étrangères.
Le gouvernement fédéral, quant à lui, estime que ces biens, dépourvus de statut diplomatique, relèvent du droit commun de la propriété. La Russie y aurait donc les mêmes droits et obligations que tout autre propriétaire privé, ce qui complique toute action unilatérale. L’ambassade russe, pour sa part, refuse de commenter la situation.
Cette impasse berlinoise fait écho aux difficultés rencontrées à plus large échelle pour concrétiser la mise à contribution des actifs russes au profit de la reconstruction ukrainienne. Elle met en lumière l’écart entre les intentions politiques et les réalités procédurales, dans un contexte où chaque initiative est pesée au regard des risques de représailles et des cadres légaux existants. Pour l’heure, les « maisons russes » de Karlshorst demeurent les symboles silencieux de ces blocages.





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