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Des bactéries pour purifier l’air des rizières thaïlandaises

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Une innovation biologique, développée localement, offre une alternative crédible à la pratique polluante de l’écobuage. Son adoption, encore limitée, pourrait améliorer à la fois la santé des sols et la qualité de l’air.

Siriporn et Amnat Taidee ont changé de méthode. Comme de nombreux riziculteurs de la province de Chiang Rai, ils brûlaient autrefois les chaumes après la récolte, un geste ancré dans les habitudes pour sa rapidité et son faible coût. Cette pratique, répandue à travers le pays, contribue pour une part significative aux épais nuages de pollution qui étouffent régulièrement le nord de la Thaïlande. Désormais, le couple utilise une solution liquide peuplée de micro-organismes, pulvérisée sur les résidus de culture. Le résultat, selon eux, est sans appel. La terre est plus aérée, les rendements se sont accrus et les besoins en engrais ont diminué.

Face à une dégradation chronique de la qualité de l’air, les autorités thaïlandaises ont durci la réglementation contre les brûlis agricoles. Cette politique coercitive suscite des résistances chez des agriculteurs qui estiment manquer d’alternatives viables. L’innovation mise au point par le scientifique Wichien Yongmanitchai tente de répondre à cette impasse. Son produit, baptisé « Soil Digest », est composé de souches locales de bactéries du genre Bacillus. Elles accélèrent la décomposition de la paille de riz, réduisant de plusieurs semaines le temps nécessaire avant un nouveau labour, tout en enrichissant le sol.

Les provinces rizicoles commencent à encourager son usage. À Chiang Rai, quelques milliers d’exploitants sur une centaine de mille ont adopté cette technique. La demande croît parallèlement à l’intensification des contrôles. Si le gouvernement promeut une distribution gratuite de solutions microbiennes, les stocks publics sont souvent insuffisants. Sur le marché privé, le coût peut constituer un frein, incluant parfois la location de drones pour l’épandage. Des agriculteurs pionniers plaident cependant pour une vision à long terme, arguant que l’amélioration de la fertilité du sol permet à terme des économies substantielles.

Dans son unité de production, Wichien Yongmanitchai supervise la fabrication de son invention. Les tests initiaux indiquent des gains de productivité pouvant atteindre vingt pour cent. Le chercheur avance également une réduction des émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre produit par les rizières inondées. Si des experts indépendants saluent le potentiel de cette biotechnologie, ils soulignent que sa généralisation nécessitera une transformation plus profonde du secteur. Un accompagnement technique, un accès facilité au matériel et une éducation adaptée sont jugés indispensables pour convaincre l’ensemble de la paysannerie thaïlandaise.

L’enjeu dépasse les frontières. Le concepteur de « Soil Digest » envisage déjà des applications dans d’autres régions d’Asie du Sud-Est, voire au-delà, où la riziculture est confrontée à des défis similaires. Cette approche microbienne illustre la recherche de solutions pragmatiques pour concilier impératifs agricoles et préservation de l’environnement.

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