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Bouaké : une nouvelle plainte pour faire la lumière sur l’exfiltration des pilotes

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Vingt-deux ans après le bombardement meurtrier d’une base française à Bouaké, en Côte d’Ivoire, des familles de victimes et des survivants relancent la procédure judiciaire. Ils entendent obtenir des réponses sur les circonstances de la disparition des auteurs présumés du raid.

Une nouvelle action en justice a été engagée par dix parties civiles, selon leur conseil, Me Patrick Ramaël, qui en a fait l’annonce samedi. La plainte a été déposée début mai auprès du parquet de Paris, auquel il revient désormais de décider des suites à donner. Le 6 novembre 2004, un avion de combat des forces armées ivoiriennes avait mitraillé une position occupée par des soldats français de la force Licorne, tuant neuf militaires français et un civil, et faisant trente-huit blessés.

Après une instruction longue de dix-sept ans, un procès devant la cour d’assises de Paris avait abouti, en 2021, à la condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité d’un pilote mercenaire biélorusse, Yury Sushkin, et de deux copilotes ivoiriens. Les trois hommes, demeurés introuvables, n’ont jamais été incarcérés. La justice n’avait pas non plus réussi à identifier les commanditaires du raid. Cette nouvelle plainte, qui vise notamment des chefs d’entrave à la saisine de la justice et de recel de malfaiteurs, cible ceux qui auraient permis l’exfiltration des mis en cause.

Lors du procès en assises, des témoignages avaient mis en lumière la réticence des autorités françaises à coopérer pleinement à l’enquête. Dix jours après le bombardement, huit mercenaires biélorusses, dont Yury Sushkin, avaient été arrêtés au Togo. Le pays les avait alors proposés à la France, suggérant un lien avec l’attaque de Bouaké. Mais à Paris, les ministères et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) avaient donné une instruction unique : ne pas intervenir. Les mercenaires avaient été relâchés par les autorités togolaises, et Sushkin avait disparu. La cour d’assises avait elle-même déploré ce scénario dans son arrêt.

Interrogés en tant que témoins, d’anciens ministres de l’époque, Dominique de Villepin à l’Intérieur, Michel Barnier aux Affaires étrangères, ainsi que des conseillers de l’Élysée, s’étaient renvoyé la responsabilité. Ils affirmaient ne pas avoir été informés ou estimaient que ce dossier ne relevait pas de leur compétence. L’ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, avait reconnu avoir été mise au courant, mais avait assuré que son cabinet lui avait indiqué qu’aucune base juridique ne permettait l’arrestation des Biélorusses, une version contredite par un de ses conseillers.

Les plaignants souhaitent désormais que la justice examine le rôle de Robert Montoya, un ancien gendarme de l’Élysée établi au Togo, marchand d’armes et figure de la Françafrique. Ils l’accusent d’avoir organisé l’exfiltration des pilotes. Ils demandent également qu’une enquête identifie les hauts fonctionnaires civils français impliqués. « Contrairement aux promesses du président Chirac, la France a oublié ces victimes. On ne peut pas, vis-à-vis des familles et des survivants, laisser ces crimes impunis », a déclaré Me Patrick Ramaël.

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