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Aléria 1975, l’étincelle qui enflamma la revendication corse

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Il y a cinquante ans, l’assaut des forces de l’ordre contre une cave viticole occupée par des autonomistes faisait basculer la Corse dans une nouvelle ère politique, marquée par la radicalisation du mouvement nationaliste.

Le 21 août 1975, une vingtaine d’hommes armés investissent les installations viticoles d’Henri Depeille à Aléria. Cette action, menée par l’Action pour la renaissance de la Corse (ARC), dirigée par Edmond Simeoni, vise à dénoncer des malversations financières présumées dans le secteur vinicole local, notamment des pratiques de chaptalisation ayant nui à la réputation des crus insulaires. Les revendications dépassent toutefois le simple cadre économique. Les occupants exigent une autonomie interne au sein de la République française et fustigent la mainmise de capitaux extérieurs sur l’économie locale, les disparités de traitement entre rapatriés d’Algérie et agriculteurs corses, ainsi que la marginalisation culturelle de l’île.

L’intervention des forces de l’ordre, décidée par le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski, prend une ampleur militaire inédite. Près de 1 500 gendarmes mobiles et CRS, appuyés par des blindés et des hélicoptères, encerclent le site. Les premières tentatives d’intervention échouent en raison d’une confusion entre occupants et otages. Le lendemain, les hostilités éclatent. Une fusillade intense s’engage, coûtant la vie à deux militaires et provoquant de graves blessures parmi les autonomistes. Edmond Simeoni est arrêté et condamné à cinq années d’emprisonnement, tandis que plusieurs de ses compagnons parviennent à prendre la fuite.

Cet épisode, suivi de dissensions politiques et de manifestations violentes à Bastia — où un CRS trouve la mort —, constitue un tournant décisif. Il consacre la rupture entre l’État central et une frange radicale du mouvement corse, ouvrant la voie à des décennies de tensions et de revendications accrues. Cinquante ans plus tard, Aléria demeure dans les mémoires comme le moment où la question corse s’est durablement installée dans le paysage politique national.

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