Monde
Afrique du Sud la traque des sans-papiers déclenche un exode massif
Des milliers de Sud-Africains sont descendus dans la rue pour réclamer le départ des migrants sans papiers. Sous la pression des menaces et des violences…


Des milliers de Sud-Africains sont descendus dans la rue pour réclamer le départ des migrants sans papiers. Sous la pression des menaces et des violences, plus de 25 000 étrangers ont déjà fui le pays.
Ce mardi, des foules ont envahi le centre de Johannesburg et les rues de Durban. Brandissant des bâtons et des boucliers traditionnels zoulous, elles exigeaient le départ des sans-papiers. La police, redoutant des débordements, s’était déployée en force. Des incidents ont éclaté des pillages isolés, des jets de pierres, et des heurts devant un enclos où des manifestants tentaient de déloger des étrangers. Les forces de l’ordre ont dû évacuer des familles apeurées. Dans le cortège de Durban, des pancartes accusaient les migrants de faire grimper les loyers et de vendre de la drogue. Une habitante de 48 ans, tenant une cantine dans un township, affirmait ne plus pouvoir se loger à cause de ces pratiques.
L’ampleur de cette vague antimigrants est inédite. Plus de 25 000 ressortissants du Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria ou Ghana ont plié bagage ces dernières semaines, beaucoup prenant des bus affrétés pour quitter le pays. Selon la ministre de la Justice, près de 4 300 étrangers ont été rapatriés et plus de 400 expulsés en quelques jours. Les violences sporadiques ont déjà fait quatre morts deux Mozambicains, un Éthiopien et un Malawite. Un étranger a été retrouvé mort mardi, apparemment après avoir sauté du huitième étage d’un immeuble à Durban par peur d’être poursuivi. Une dirigeante du mouvement a promis de nouvelles manifestations tous les jeudis pendant six mois, jusqu’à ce que le gouvernement expulse ceux qui restent.
Ce rejet des migrants s’inscrit dans un contexte électoral tendu, à quelques mois des municipales de novembre. Des partis politiques surfent sur le sentiment anti-immigrés pour séduire un électorat frappé par le chômage de masse plus de 32% et la criminalité galopante. Les organisations antimigrants accusent les clandestins de tous les maux trafic de drogue, services de santé saturés, concurrence déloyale sur le logement. Résultat des menaces et des intimidations poussent des centaines d’étrangers à camper devant leur consulat, comme Evelyn Chinooneka, une Zimbabwéenne de 29 ans qui a dû quitter son emploi agricole et son logement. Son propriétaire l’a prévenue que si elle n’avait pas de papiers, elle risquait une amende de 10 000 rands. Le Ghana et le Nigeria ont déjà affrété des vols de rapatriement, déplorant que l’Afrique du Sud, autrefois phare moral du continent, laisse faire cette dérive.
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