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Abd Al Malik exhume le combat judiciaire d’un esclave pour la liberté

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_**Le rappeur et cinéaste signe un deuxième film, « Furcy, né libre », portant à l’écran le long procès d’un homme réduit en servitude au XIXe siècle. Une œuvre qui interroge la mémoire collective et les failles persistantes du droit.**_

L’artiste Abd Al Malik présente son nouveau long-métrage, « Furcy, né libre », qui retrace le parcours méconnu d’un esclave de l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion. Pendant près de trois décennies au cours du XIXe siècle, cet homme a engagé une bataille juridique acharnée pour obtenir son émancipation, bien avant l’abolition définitive de l’esclavage. Le film, librement inspiré de l’ouvrage « L’affaire de l’esclave Furcy », réunit une distribution prestigieuse autour de Makita Samba dans le rôle principal.

Pour le réalisateur, cette histoire dépasse le simple récit historique. Elle constitue un rappel nécessaire des périodes sombres de la France, dont les séquelles continuent de résonner. Abd Al Malik estime qu’occulter ce passé esclavagiste et colonial revient à alimenter des tensions futures. Son film débute en 1817, alors que Furcy tente de faire valoir des documents attestant de sa condition d’homme libre, face à un système judiciaire qui le considère comme un bien meuble, conformément au Code noir alors en vigueur.

Le contexte de l’époque est marqué par le rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises après son abolition sous la Révolution. Malgré les échecs successifs, les condamnations et l’exil, le personnage principal persiste dans sa quête judiciaire. Son combat aboutira finalement en 1845, ouvrant une brèche juridique qui contribuera, parmi d’autres éléments, au processus d’abolition. Le cinéaste souligne le choix de la voie légale opéré par Furcy, une forme de résistance qui consistait à utiliser les armes du colonisateur contre lui-même.

Abd Al Malik associe la sortie de son film à une démarche citoyenne plus large. Il appelle à une abolition formelle du Code noir, cet ensemble de textes régissant l’esclavage aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui n’a jamais été officiellement rayé des textes de loi. Dans un courrier adressé à la présidence de l’Assemblée nationale, il a récemment plaidé pour l’examen d’une proposition de loi en ce sens, évoquant une urgence morale. Cette initiative parlementaire, déposée à l’automne, vise à effacer ce qui est décrit comme la pierre angulaire d’un système d’avilissement.

L’artiste défend cette action au nom d’un devoir de mémoire apaisé, vingt-cinq ans après la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Il y voit moins un acte de repentance qu’une étape indispensable vers une guérison collective. Selon lui, affronter les parts d’ombre de l’histoire nationale, à l’image des secrets de famille, est un passage difficile mais nécessaire pour éviter des fractures plus profondes. En parallèle du film, Abd Al Malik a également publié un album musical collaboratif, « Furcy Heritage », réunissant plusieurs figures du rap français, prolongeant ainsi la réflexion artistique sur cet héritage.

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