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Culture

Fjord de Cristian Mungiu remporte la Palme d’or au Festival de Cannes

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Le cinéaste roumain décroche sa deuxième Palme d’or avec un film qui ausculte les tensions d’une société progressiste face à l’intégrisme religieux.

Cristian Mungiu a été consacré samedi soir lors de la 79e édition du Festival de Cannes. Son long métrage intitulé Fjord lui a valu une deuxième Palme d’or, neuf ans après 4 mois, 3 semaines, 2 jours, qui dénonçait déjà la criminalisation de l’avortement en Roumanie. Le réalisateur de 58 ans a expliqué vouloir, avec cette œuvre, prendre position contre toutes les formes d’extrémisme, dans un contexte mondial marqué par la radicalisation et les fractures sociales.

L’intrigue de Fjord se déroule en Norvège. Un couple évangélique très croyant, interprété par Sebastian Stan et Renate Reinsve, s’installe avec ses cinq enfants dans une petite communauté. Si leur intégration semble d’abord se faire sans difficulté, la situation bascule lorsque des soupçons de violences intrafamiliales émergent. La population locale, heurtée par leurs méthodes éducatives rigoristes, engage alors une procédure de placement des enfants. Mungiu a souligné qu’une société progressiste doit faire preuve d’une plus grande exigence envers elle-même, surtout lorsqu’elle se considère comme supérieure et détentrice des bonnes réponses pour l’avenir.

Le grand prix du jury a été attribué à Minotaure, du réalisateur russe exilé Andreï Zviaguintsev. Ce film explore la décomposition de la société russe à travers un drame familial sur fond de conflit en Ukraine. Depuis la scène du Palais des festivals, Zviaguintsev a lancé un appel direct au président Vladimir Poutine pour qu’il mette fin à ce qu’il a qualifié de carnage en Ukraine. Il a exprimé son amertume et sa tristesse face à ce que la Russie inflige à son voisin.

Le jury, présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, a réservé une surprise dans la catégorie des interprétations masculines. Il a distingué les deux jeunes acteurs principaux de Coward, réalisé par le Belge Lukas Dhont. Le film raconte une passion secrète entre deux soldats sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Emmanuel Macchia, 20 ans, qui tenait là son tout premier rôle, a exprimé l’espoir que cette œuvre permette aux jeunes de s’accepter eux-mêmes. Son partenaire à l’écran, Valentin Campagne, 22 ans, a insisté sur l’importance de vivre, d’aimer et de danser.

Côté interprétation féminine, le jury a également récompensé un duo. La comédienne belge Virginie Efira et la Japonaise Tao Okamoto ont été saluées pour leur jeu dans Soudain, une chronique douce-amère de Ryūsuke Hamaguchi située dans une maison de retraite en France. Efira a confié que cette expérience resterait gravée en elle à jamais.

Le prix de la mise en scène a été partagé entre deux œuvres. La sensation queer du festival, La bola negra, fresque espagnole traversant les époques, et Fatherland, qui suit le retour d’exil de l’écrivain allemand Thomas Mann en 1949. Le prix du scénario a été remis à Notre salut, du Français Emmanuel Marre, portrait acide d’un fonctionnaire zélé sous le régime de Vichy.

Plusieurs grands noms sont repartis sans prix, notamment l’Espagnol Pedro Almodovar et l’Américain James Gray, qui connaît ainsi son sixième échec cannois. En marge du palmarès, le festival a été secoué par une polémique autour d’une tribune visant Vincent Bolloré, actionnaire principal de Canal+. Le président du groupe, Maxime Saada, a menacé de ne plus collaborer avec ses 600 signataires, suscitant l’inquiétude des professionnels du cinéma. Depuis, près de 4 000 personnes supplémentaires ont rejoint le collectif Zapper Bolloré, parmi lesquelles des figures internationales comme Javier Bardem ou Ken Loach, mais peu de grands noms du cinéma français.

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