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À Gaza, ce luthier de 60 ans répare les ouds avec des caisses d’aide humanitaire
Souhail Abou Chawich refuse de laisser la guerre faire taire la musique. Dans son atelier de fortune, il restaure les instruments avec des moyens de…


Souhail Abou Chawich refuse de laisser la guerre faire taire la musique. Dans son atelier de fortune, il restaure les instruments avec des moyens de récupération.
Au camp de Nousseirat, au cœur de la bande de Gaza, un homme transforme les décombres en mélodies. Souhail Abou Chawich, 60 ans, a installé son atelier dans une pièce modeste. Autour de lui, des palettes, des fragments de caisses d’aide humanitaire et des débris d’instruments brisés. Ce passionné de musique a appris à jouer du luth dans les années 1980. Depuis, il est devenu un expert en restauration. Aujourd’hui, les jeunes du camp lui confient leurs ouds abîmés avec l’espoir de les entendre résonner à nouveau.
Le travail est colossal. Les matériaux traditionnels, comme le bois de qualité, sont devenus quasi introuvables à cause des restrictions et des pénuries. Souhail récupère donc les caisses d’aide alimentaire jetées. Il les découpe à la scie, les lisse à la lime, les recolle. Chaque rebut peut devenir une pièce de remplacement. L’électricité est presque inexistante, alors il travaille exclusivement à la main. « C’est très difficile », souffle-t-il, les doigts usés par des heures d’efforts. Le prix de la colle a triplé, le diluant aussi. Pourtant, il ne s’arrête pas. Déplacé à Rafah pendant le conflit, il est revenu chez lui à Nousseirat et a rouvert son atelier.
Pour Souhail, chaque oud restauré est une petite victoire contre la destruction. Il voit dans son travail une mission pour préserver l’identité culturelle palestinienne. Ses clients franchissent le seuil chargés d’instruments cassés, dans l’espoir de retrouver cette sonorité qui traverse les siècles. L’artisan aux cheveux blancs, vêtu d’une chemise bleue et d’un jean, pince délicatement les cordes après plusieurs jours de réparation. « Malgré les difficultés de la guerre, nous continuons à travailler », glisse-t-il.
Il rêve d’un avenir meilleur. Souhail espère pouvoir importer du bois, de la colle et d’autres matériaux. Il voudrait fabriquer des instruments de haute qualité, capables de rayonner au-delà des frontières. « Nous voulons travailler comme le reste du monde », murmure-t-il. Son plus grand désir est de voir un jour sortir de son échoppe des ouds dont on pourra dire avec fierté qu’ils sont palestiniens et fabriqués à Gaza.





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