Économie
La France s’attaque à l’ultra fast fashion de Shein et Temu
Après deux ans de débats, le Parlement s’apprête à voter une loi contre la mode jetable. Pénalités financières et interdiction de publicité sont au menu…


Après deux ans de débats, le Parlement s’apprête à voter une loi contre la mode jetable. Pénalités financières et interdiction de publicité sont au menu, mais le diable se cache dans les détails.
Le secteur textile pèse lourd sur la planète. Il représente près de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Des plateformes comme Shein, Temu et AliExpress sont accusées d’aggraver le problème. Elles inondent le marché de vêtements bon marché, de mauvaise qualité, qui finissent souvent à la poubelle. Ce phénomène porte un nom l’ultra fast fashion. Face à cette déferlante, le gouvernement et les parlementaires veulent agir. Leur outil une proposition de loi qui devrait être adoptée définitivement lundi. Le texte vise désormais la mode ultra express, avec des critères précis. Sont ciblées les entreprises qui proposent un très grand nombre de références et dont le rapport entre le prix d’un vêtement et le coût de sa réparation est très déséquilibré. Un décret fixera les seuils exacts. L’idée est de frapper les géants asiatiques tout en épargnant les marques européennes comme Zara ou Kiabi.
Concrètement, le texte instaure un malus financier par produit. Ce malus pourra grimper jusqu’à 20 euros par pièce en 2030. Il est plafonné à 50% du prix hors taxe. Une partie de cet argent servira à financer les infrastructures de collecte et de recyclage. Autre volet l’interdiction de la publicité pour ces marques, y compris via les influenceurs. Mais cette mesure est suspendue à un épineux problème juridique. La Commission européenne a déjà émis des réserves sur sa compatibilité avec le droit de l’Union. Le gouvernement français s’appuie sur des précédents comme la loi Evin, qui réglemente la pub pour l’alcool et le tabac. Rien n’est gagné. La rapporteure du texte au Sénat reconnaît un risque. Si Bruxelles n’est pas d’accord, l’interdiction de publicité pourrait ne jamais s’appliquer.
Le texte a suscité des critiques vives à gauche et chez les associations. Beaucoup dénoncent un périmètre trop restreint. Zara, H&M, Primark, Uniqlo ne sont pas dans le viseur. Or eux aussi produisent en masse et polluent largement. Stop fast fashion, qui réunit Emmaüs, Max Havelaar ou les Amis de la Terre, parle d’une version amoindrie. Des élus écologistes pointent l’influence des lobbies. La députée à l’origine du texte assume ce choix. Elle explique qu’il fallait un texte rapide et opérationnel. Frapper fort sur Shein est une première étape, dit elle. Répondre à la déception des écologistes viendra plus tard. En attendant, l’adoption lundi semble bien partie. Reste à savoir si les décrets d’application seront publiés rapidement. Et si l’interdiction de publicité survivra au contrôle européen. Le combat contre la mode jetable ne fait que commencer.
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