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À Portadown, la rue se dresse contre le retour d’une marche orangiste

La justice a rouvert la voie à un défilé pro-britannique dans un quartier catholique d’Irlande du Nord, une première depuis 1997. Face à ce revirement…

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À Portadown, la rue se dresse contre le retour d'une marche orangiste

La justice a rouvert la voie à un défilé pro-britannique dans un quartier catholique d’Irlande du Nord, une première depuis 1997. Face à ce revirement, près de deux mille personnes se sont mobilisées pour barrer la route aux orangistes.

À Portadown, le face-à-face a rassemblé les foules. La police a maintenu les membres de l’Ordre d’Orange à l’intérieur d’une salle paroissiale de cette ville située à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Belfast, tandis qu’un important dispositif de sécurité quadrillait les rues. En parallèle, près de deux mille personnes se sont rassemblées et ont défilé pour empêcher les orangistes d’atteindre le quartier de Garvaghy Road. Le chef du gouvernement britannique a, lui, appelé au calme, assurant que d’importants progrès avaient été accomplis en Irlande du Nord et qu’il ne fallait surtout pas repartir en arrière.

Tout s’est joué sur un fil. Saisie du dossier, la Haute Cour de Belfast avait d’abord suspendu la marche, avertissant qu’un différend aussi ancien pouvait se propager à toute la province et invitant les parties à s’éloigner du précipice. Mais dans un revirement spectaculaire, trois juges de la Cour d’appel ont annulé cette décision, jugeant que le premier magistrat avait commis une erreur de droit. Une volte-face qui a relancé les tensions plutôt que de les apaiser.

Du côté républicain, la colère est montée d’un cran. Michelle O’Neill, qui dirige le gouvernement nord-irlandais pour le Sinn Fein, a prévenu qu’il n’y aurait pas de retour en arrière, jamais. La présidente du parti, Mary Lou McDonald, a marché aux côtés des contre-manifestants et rappelé que les habitants s’étaient mobilisés pour défendre leur droit à vivre à l’abri du harcèlement sectaire. Les accords de paix ont transformé la vie des gens, a-t-elle insisté, et personne n’a l’intention de revenir en arrière.

En face, Carla Lockhart, élue du Democratic Unionist Party, a balayé les inquiétudes. Trente-cinq hommes marchant en silence, sans fanfare et de façon ordonnée, ne présentent aucun danger, a-t-elle affirmé. Elle a décrit l’annulation de l’interdiction comme un bouleversement majeur.

Pour saisir l’enjeu, il faut se souvenir des trois décennies de conflit qui ont opposé des républicains catholiques, favorables à une réunification avec l’Irlande, à des unionistes protestants, attachés au maintien dans le Royaume-Uni. Garvaghy Road a été l’un des principaux points de tension de la fin des années 1990. Depuis les accords du Vendredi saint, signés en 1998, les orangistes n’étaient plus autorisés à y défiler, la Commission des parades rejetant systématiquement leurs demandes.

Cette année, l’instance indépendante chargée d’encadrer les défilés controversés a pourtant changé d’avis. Elle a autorisé 35 membres de l’Ordre à emprunter l’avenue, à condition de le faire en silence, sans fanfare ni partisans. Le dossier avait été relancé quand la Haute Cour a annulé la dernière restriction pour vice de procédure, sans reconnaître pour autant un droit de défiler sur cette route. L’Ordre a alors déposé une nouvelle demande, aboutissant à cette autorisation sous forme restreinte.

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