Monde
Un scandale bancaire fait vaciller la Cour suprême brésilienne avant l’élection
Une fraude bancaire hors norme ébranle la plus haute juridiction du Brésil à moins d’un mois de la présidentielle. Entre un juge accusé d’avoir été…

Une fraude bancaire hors norme ébranle la plus haute juridiction du Brésil à moins d’un mois de la présidentielle. Entre un juge accusé d’avoir été sollicité par un banquier et un patron de la police suspendu puis rétabli, la campagne tourne au bras de fer entre les institutions.
Tout est parti d’une affaire de fraude bancaire. La semaine dernière, un rapport de police a dévoilé le contenu de messages envoyés par Daniel Vorcaro, patron de Banco Master, à un numéro attribué au juge Alexandre de Moraes, figure influente de la Cour suprême. Dans ces échanges datés de novembre 2025, le banquier sollicitait l’aide du magistrat pour freiner l’enquête qui allait déboucher, peu après, sur son arrestation. Vorcaro s’était bâti un large réseau dans les cercles du pouvoir avant que sa banque ne soit liquidée, plombée par plus de six milliards d’euros de dettes. Le juge Moraes avait lui-même conduit l’an dernier le procès de l’ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat et qui purge sa peine à domicile.
La crise s’est encore durcie autour du sort d’Andrei Rodrigues, à la tête de la Police fédérale. Le juge André Mendonça, qui pilote l’enquête sur Banco Master et fut ministre de la Justice de Jair Bolsonaro avant d’être nommé par lui à la Cour, a accusé la police d’espionnage illégal et ordonné la suspension provisoire de son chef, évoquant un « abus d’autorité ». Mais le juge Flavio Dino, autre ancien ministre de la Justice, côté Lula cette fois, et réputé proche de Moraes, a rétabli Rodrigues dans ses fonctions. Quelques heures plus tard, le président de la Cour suprême, Edson Fachin, a suspendu ces décisions contradictoires. Il s’est réservé le dernier mot sur le patron de la police, qui doit fournir des informations sous 48 heures, a ordonné la suspension de toute procédure d’enquête visant des membres de la Cour et a convoqué une séance plénière le 15 septembre.
Cette tempête tombe au pire moment. Le 4 octobre, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, briguera un nouveau mandat face à Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l’ancien chef d’Etat d’extrême droite. Les sondages les donnent au coude-à-coude pour un second tour éventuel le 25 octobre. Sur X, Lula a demandé à la Cour de lever totalement le secret des enquêtes liées à l’affaire Master, « quels qu’ils soient, quoi qu’il en coûte », et dénoncé des fuites sélectives qui pèsent sur la campagne. En déplacement à Juiz de Fora, Flavio Bolsonaro a accusé le juge Dino de vouloir s’immiscer dans une procédure judiciaire. Lui veut gagner dans les urnes, a-t-il lancé, tandis que Lula chercherait selon lui à l’emporter « sur tapis vert ».
Le candidat conservateur n’est pas épargné. La police enquête sur des virements de plusieurs millions de dollars qu’il avait sollicités auprès de Daniel Vorcaro, des fonds qui ont servi à financer un film consacré à son père. Au sein de la Cour suprême, le dossier Master est jugé « toxique », la police soupçonnant le banquier d’avoir « mis de l’argent à plusieurs endroits pour ensuite obtenir des faveurs ». Environ 3.000 organisations patronales du pays ont publié une déclaration alertant sur une « crise institutionnelle d’une gravité extrême » dont l’épicentre est la plus haute juridiction. Si la légitimité des juges est remise en cause, préviennent-elles, tout devient incertain, y compris la paix sociale.
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