Monde
La visite de Poutine sur les Kouriles rallume la querelle avec Tokyo
Le président russe s’est rendu pour la première fois sur cet archipel contesté. Le Japon proteste et la tension monte d’un cran dans une région déjà très…


Mis à jour le 13 août à 9h56
Le président russe s’est rendu pour la première fois sur cet archipel contesté. Le Japon proteste et la tension monte d’un cran dans une région déjà très instable.
Vladimir Poutine a choisi Itouroup pour une étape très symbolique. L’île fait partie des Kouriles, cette chaîne volcanique que Moscou contrôle depuis 1945 et que Tokyo n’a jamais cessé de revendiquer. Le chef du Kremlin y a visité une usine de transformation de poisson, goûté du caviar et découvert une école. Une manière de montrer que la Russie est bien chez elle.
La réponse japonaise ne s’est pas fait attendre. Le ministre des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi a dénoncé une visite inacceptable et rappelé que ces îles, baptisées Territoires du Nord par Tokyo, font partie intégrante du Japon. Après l’offensive russe en Ukraine, le Japon a durci le ton. Il a recommencé à parler d’occupation illégale, un mot que sa diplomatie évitait depuis 2003.
Avant de gagner Itouroup, Vladimir Poutine s’est arrêté à Sakhaline, où il a visité un hôpital et présidé une réunion consacrée à la sécurité des frontières orientales de la Russie. Il a répondu aux critiques en assurant que son pays ne menaçait pas le Japon et que c’est Tokyo, au contraire, qui formule des revendications territoriales contre Moscou. Ce discours intervient dans un contexte régional très tendu. Moscou et Pékin multiplient les manœuvres militaires conjointes près des côtes japonaises, ce qui oblige les chasseurs nippons à décoller plusieurs centaines de fois par an. La Corée du Nord, de son côté, soutient l’effort de guerre russe en Ukraine et vient de qualifier le réarmement japonais de transformation en État de guerre.
L’histoire de ces îles reste un contentieux très ancien. L’Union soviétique les a prises dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, après avoir déclaré la guerre au Japon le 8 août 1945. Les quelque 17 000 Japonais qui y vivaient ont été expulsés. Aujourd’hui, environ 20 000 citoyens russes vivent sur ces terres au climat rude, qui recèlent de l’or, de l’argent et des zones de pêche très poissonneuses. Pendant la guerre froide, l’archipel servait de base avancée aux forces soviétiques face aux Américains et à leur allié japonais.
Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant russe se rend sur place. Dmitri Medvedev, alors président, avait créé l’événement en 2010 avant d’y retourner en 2019. Mais cette nouvelle visite intervient dans un climat déjà très lourd. Dans son dernier livre blanc de la défense, publié cet été, le Japon a souligné les risques croissants posés par la Russie, la Chine et la Corée du Nord. Selon de récentes révélations, Moscou aurait fait du Japon un terrain propice à l’espionnage et une source clé de technologies à double usage pour son effort de guerre.
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