Faits Divers
Le temple d’Ayodhya au cœur d’un vol qui fait trembler l’Inde
Moins de deux ans après son inauguration en grande pompe, le sanctuaire dédié au dieu Ram est accusé d’avoir détourné des millions de dons. La colère…

Moins de deux ans après son inauguration en grande pompe, le sanctuaire dédié au dieu Ram est accusé d’avoir détourné des millions de dons. La colère gronde et relance un débat bien plus large sur la gestion de l’argent des fidèles.
Huit personnes ont été arrêtées par la police indienne. Toutes étaient chargées de collecter les offrandes des pèlerins dans le célèbre temple d’Ayodhya, dans le nord du pays. Selon les médias locaux, près de 30 millions de roupies auraient disparu des comptes, soit environ 275 000 euros. Un montant qui reste à confirmer officiellement, mais qui a suffi à provoquer un véritable électrochoc. Car ce n’est pas n’importe quel lieu saint. Avec plus de 50 millions de visiteurs par an, le temple de Ram est l’un des plus fréquentés d’Inde, bien devant le Taj Mahal. Chaque jour, les pèlerins déversent pièces, billets, or et argent dans les urnes. Selon les chiffres officiels, pour l’année fiscale 2024-2025, le sanctuaire a déclaré 3,27 milliards de roupies de revenus, dont 1,5 milliard proviennent uniquement des dons.
Ce scandale tombe au plus mauvais moment pour le Premier ministre Narendra Modi. L’homme fort de l’Inde a fait de ce temple l’un de ses symboles politiques. Sa construction a été au centre d’une bataille longue et sanglante. En 1992, des nationalistes hindous avaient détruit la mosquée qui se trouvait sur le site, déclenchant des violences qui ont fait plus de 2 000 morts. Ce n’est qu’en 2019 que la Cour suprême a finalement autorisé la construction du temple, inauguré en grande pompe en 2024. Aujourd’hui, l’affaire de détournement ravive les critiques sur le manque de transparence. En Inde, le marché de la religion est colossal, estimé à plus de 70 milliards de dollars en 2025. Il pourrait même doubler d’ici 2034. Pourtant, comme le soulignent des experts, il n’existe aucun cadre national pour contrôler les finances des institutions religieuses. Les urnes ne sont pas surveillées, la comptabilité est floue. Certains militants hindous réclament désormais des caméras et des audits obligatoires.
L’opposition politique, menée par le parti du Congrès, a sauté sur l’occasion. Elle dénonce un « pillage systématique » et s’interroge sur les bénéficiaires de ces fonds détournés. Le parti du Premier ministre, le BJP, a répliqué en accusant ses adversaires de faire le jeu des musulmans. Pendant ce temps, dans les rues de New Delhi, les fidèles expriment leur colère. Ashok Prasad Kushwaha, un conducteur de rickshaw qui s’est rendu trois fois à Ayodhya, résume le sentiment général. Il dit donner de l’argent pour servir Dieu, et si cet argent a été volé dans un temple, c’est comme si on l’avait volé lui-même. Une affaire qui dépasse largement le simple fait divers. Elle pose une question centrale pour une nation où la religion pèse des milliards. Jusqu’où ira la confiance des croyants
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