Culture
Ces paroles oubliées des Gilets jaunes remontent sur les planches
En 2019, des millions de Français ont noirci des cahiers de doléances pendant le Grand débat national. Aujourd’hui, une compagnie de théâtre les exhume…


En 2019, des millions de Français ont noirci des cahiers de doléances pendant le Grand débat national. Aujourd’hui, une compagnie de théâtre les exhume pour leur rendre leur force et leur dignité.
Au festival Off d’Avignon, la compagnie Artépo a eu une idée simple et puissante. Elle a fouillé dans les archives départementales de la Somme pour retrouver les cahiers de doléances rédigés lors du Grand débat de 2019. Ces textes, c’est la réponse du président Macron à la crise des Gilets jaunes, ce mouvement populaire qui secouait la France contre la vie chère et le sentiment d’être ignoré. Le metteur en scène Stanislas Roquette et le dramaturge Alexis Leprince ont passé au crible les écrits de près de 200 communes. D’abord en se rendant à Amiens, puis grâce à des versions numérisées. Ce qu’ils ont découvert, ils le qualifient de « matériau extraordinaire ». Des milliers de mots, de colères, de demandes, d’espoirs. Mais surtout, une promesse non tenue.
Car ces doléances, censées être rendues publiques après la consultation, sont restées dans l’ombre. Enterrées dans les services d’archives, à peine consultées. La pièce « Doléances (La fable de l’écoute) » est née de cette double envie. Artistique d’abord, pour faire entendre ces voix sur scène. Politique ensuite, pour rappeler que ce Grand débat a été « sans doute la plus grande consultation populaire depuis la Révolution française ». Sur le plateau, la mise en scène reste sobre. Des vidéos replongent le public dans l’ambiance des ronds-points et des gilets fluorescents. Puis trois comédiens prennent le relais. Ils incarnent tour à tour un couple de retraités qui râle contre la hausse de la CSG, des gens qui rêvent de meilleurs services publics, ou encore une citoyenne qui propose tout simplement de fermer l’Élysée. À l’écran, des pages d’écolier défilent avec des lettres manuscrites. Une mère seule, habituée de l’épicerie sociale, réclame de « relever les minima sociaux ». Un autre citoyen cite Victor Hugo. Colère, humour, émotion, propositions très concrètes.
Le spectacle ne se contente pas de redonner la parole aux citoyens. Il questionne aussi celle des politiques. Pendant que les comédiens jouent, des extraits de discours officiels de l’époque rythment la pièce. Et un personnage, sur scène, se fait baffer, déshabiller, et recouvrir de grandes oreilles. Symbole d’une écoute qui a peut-être fait défaut. Stanislas Roquette, le metteur en scène, insiste sur un point important. Ce Grand débat, loin d’être un échec, a prouvé que les Français avaient encore très envie de participer à la vie publique. Il a « redonné ses lettres de noblesse à la parole citoyenne ». Et pourtant, cette parole est restée lettre morte. Le spectacle est à voir au Théâtre du Train bleu jusqu’au 23 juillet. Une occasion rare de tendre l’oreille à ceux qu’on n’écoute pas toujours.
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