Économie
Dans le Bordelais en crise, la diversification agricole trace un chemin semé d’embûches

Face à l’effondrement des ventes de vin, des viticulteurs girondins tentent de se réinventer en plantant des kiwis, en élevant des poules ou en cultivant des légumes. Un virage périlleux mais nécessaire pour survivre.
Entre les rangées de vignes d’un domaine de l’Entre-deux-Mers, des poteaux de bois attendent des plants de kiwis. Cette culture, plus rémunératrice que la vigne, représente l’espoir d’une viticultrice de 42 ans, éprouvée par la baisse continue des ventes depuis 2018. Avec son mari, elle a déjà réduit son vignoble de 25 à 17 hectares et mise sur un hectare de kiwis cette année, malgré un investissement lourd pour une trésorerie affaiblie.
Le vignoble bordelais, premier en AOC de France, subit une crise profonde marquée par une chute durable de la consommation de rouge et un essoufflement des exportations. Depuis 2023, plus de 20 000 hectares ont été arrachés, ramenant la surface à 86 000 hectares, son plus bas niveau depuis 1986.
Pour la chambre d’agriculture, la diversification est devenue une condition de survie face à ce qu’elle appelle l’impasse de la monoculture. Dans l’Entre-deux-Mers, un viticulteur de 42 ans a lancé un élevage de 700 poules pondeuses en 2021. Cette activité lui permet de compenser en partie la perte annuelle de 100 000 euros de chiffre d’affaires sur le vin. Il vend des œufs pour environ 70 000 euros par an et dénonce les marges élevées de la grande distribution. Il projette aussi de produire de l’huile d’olive et de développer la vente directe.
Un autre agriculteur de 63 ans, installé depuis les années 1990 à Camblanes-et-Meynac, a toujours combiné vigne et maraîchage. Les légumes représentent aujourd’hui la moitié de son chiffre d’affaires, ce qui lui permet de mieux résister à la crise. Il cultive une cinquantaine de variétés et se lance dans les fruits rouges, soulignant la nécessité de s’adapter en permanence au marché.
Se diversifier n’est pas simple. La qualité des sols, très inégale en Gironde, et la ressource en eau imposent des contraintes. Les viticulteurs doivent se former, changer leurs habitudes et investir massivement. Certains ont utilisé les aides à l’arrachage du conseil interprofessionnel et de l’État, à hauteur de 6 000 euros par hectare. La région Nouvelle-Aquitaine a soutenu 45 projets de diversification pour un montant de 1,4 million d’euros.
La chambre d’agriculture insiste sur la nécessité d’une stratégie collective pour que ces initiatives isolées deviennent économiquement viables. Le mouvement est déjà lancé, et pour les observateurs, la Gironde vit une véritable révolution agricole qui devrait durer plusieurs années.

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