Monde
La fronde libanaise face au Hezbollah, une lassitude qui s’exprime
Alors que les frappes israéliennes se multiplient sur le sol libanais, une partie de la population, épuisée par des décennies de conflits, pointe du doigt la responsabilité du mouvement chiite dans cette nouvelle escalade.
Dans le quartier beyrouthin d’Aïcha Bakkar, le spectacle des immeubles éventrés et des rues jonchées de gravats suscite moins de résignation que de colère. Une colère qui, pour nombre d’habitants, se dirige désormais ouvertement vers le Hezbollah. Une femme, le visage marqué par l’épreuve, résume un sentiment largement partagé en appelant simplement à une vie paisible, loin des affrontements armés. L’attaque aérienne de mercredi, qui a fait plusieurs victimes, est perçue par beaucoup comme la conséquence directe des actions du mouvement pro-iranien.
La retenue stratégique observée depuis la fin des hostilités de 2024 a volé en éclats début mars avec le lancement de missiles vers Israël, une riposte présentée comme une vengeance. Pour une population déjà accablée par une crise économique sans précédent, cette nouvelle phase de tensions apparaît comme un conflit importé, subi plutôt que choisi. Dans les commerces du quartier, les avis sont sans appel. Une commerçante âgée réclame le monopole étatique des armes, tandis qu’un père de famille dénonce le danger que font peser, selon lui, les activités du Hezbollah au cœur des zones résidentielles.
L’exaspération transcende les appartenances communautaires. Dans le quartier chrétien de Mar Michael, un épicier déplore l’engrenage des représailles et les décisions unilatérales du mouvement, qu’il juge déconnectées des intérêts du pays. Le soutien historique au Hezbollah, né de sa résistance face à Israël, s’érode significativement. Même au sein de la communauté chiite, des voix s’élèvent pour questionner le bien-fondé de cette confrontation. Une avocate issue de cette communauté souligne que ses membres en sont les premières victimes, et estime que ce conflit pourrait marquer un tournant dans la perception du mouvement.
L’affaiblissement du lien entre le Hezbollah et sa base sociale semble se confirmer sur le terrain. Alors que le mouvement disposait auparavant d’un réseau d’assistance sociale efficace, de nombreux déplacés fuyant les combats dans le sud se disent aujourd’hui abandonnés à leur sort. Cette impression d’être livrés à eux-mêmes, dans des écoles transformées en abris de fortune, alimente un profond ressentiment. La lassitude face à la guerre et ses conséquences quotidiennes forge peu à peu une remise en cause plus fondamentale du rôle et des méthodes du Parti de Dieu.
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