Monde
La Berlinale peine à tourner la page des controverses politiques

Le festival international du film de Berlin s’est achevé samedi dans un climat tendu, où les débats sur le conflit israélo-palestinien ont largement éclipsé la programmation cinématographique. La direction de l’événement a dû naviguer entre les pressions et les accusations de censure.
La 76e édition de la Berlinale a tenté de retrouver son souffle lors de la cérémonie de clôture, après dix jours marqués par des polémiques récurrentes. Les vingt-deux longs métrages en lice pour l’Ours d’or sont restés dans l’ombre de discussions animées sur l’engagement politique du septième art. Dès l’ouverture, une déclaration du président du jury, le cinéaste Wim Wenders, affirmant que le festival devait « rester en dehors de la politique », a suscité une vive controverse. Cette prise de position a conduit l’écrivaine Arundhati Roy à annuler sa participation, qualifiant ces propos d’inacceptables.
La situation s’est encore envenimée en milieu de semaine avec la publication d’une lettre ouverte signée par plusieurs figures du cinéma international. Le texte reprochait à l’institution berlinoise son mutisme présumé face à la situation à Gaza. Les signataires accusaient le festival de participer à une forme de censure à l’encontre des artistes critiques envers Israël. La directrice Tricia Tuttle a fermement rejeté ces allégations, les jugeant infondées et dénuées de preuves tangibles.
Lors de la remise des prix des jurys indépendants, certains lauréats ont profité de la tribune pour exprimer leurs préoccupations. Le réalisateur mexicain Fernando Eimbcke, primé pour son film « Moscas », a lancé un appel à la communauté internationale concernant le sort des enfants à Gaza. En introduction de cette cérémonie, Tricia Tuttle a reconnu que le festival avait traversé une période agitée, tout en soulignant la richesse de la sélection officielle.
Sur le plan artistique, plusieurs œuvres ont retenu l’attention des professionnels et du public. Le drame singapourien « We Are All Strangers » d’Anthony Chen a offert une plongée saisissante dans les fractures sociales de la cité-État. La performance de l’actrice allemande Sandra Hüller dans « Rose » de Markus Schleinzer a été saluée pour son intensité. Le film raconte l’histoire d’une femme contrainte de se travestir pour échapper à l’ordre patriarcal dans l’Allemagne du XVIIe siècle.
La comédienne Juliette Binoche a également impressionné dans un rôle de fille accompagnant sa mère atteinte de démence. Le film « Queen at Sea » de Lance Hammer aborde avec pudeur et justesse les conséquences de la maladie d’Alzheimer sur les proches. Par ailleurs, le festival a servi de plateforme pour dénoncer la répression en Iran. La réalisatrice Mahnaz Mohammadi y a présenté « Roya », une œuvre inspirée de son incarcération dans la prison d’Evin. Son compatriote Jafar Panahi, depuis Berlin, a condamné la violente répression des manifestations survenues en janvier dans son pays.

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