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Pollution au lithium dans les nappes phréatiques après l’incendie d’un site Bolloré

Des analyses récentes révèlent une contamination massive des eaux souterraines sur le site de Grand-Couronne, où un entrepôt contenant des milliers de batteries a brûlé il y a plus de deux ans. Les concentrations de lithium, en forte hausse, dépassent très largement les seuils de vigilance pour les écosystèmes.
Les eaux souterraines de la commune de Grand-Couronne, en Seine-Maritime, présentent des niveaux de lithium extrêmement élevés, selon les derniers prélèvements effectués. Les analyses font état d’une concentration de 200 000 microgrammes par litre sur un point de captage, une valeur qui a été multipliée par dix en un an. Cette pollution est liée à l’incendie qui a entièrement détruit, en janvier 2023, un entrepôt de Bolloré Logistics où étaient entreposées sans autorisation plus de douze mille batteries pour véhicules électriques.
Aucune norme sanitaire ne régit la présence de lithium dans l’eau en France. Toutefois, des études de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques évoquent une valeur cible maximale de 20 microgrammes par litre pour la protection de la faune aquatique en eau douce. Les taux mesurés sont donc dix mille fois supérieurs à ce seuil indicatif. Les autorités sanitaires précisent que cette pollution n’affecte pas le réseau d’eau potable.
Pour les experts, les conséquences écologiques sont préoccupantes. Les composants des batteries, en se dispersant dans l’environnement, représentent une menace directe pour les invertébrés, les poissons ou les oiseaux. La neurotoxicité, les troubles thyroïdiens ou l’insuffisance rénale chronique figurent parmi les effets potentiels identifiés. L’association France Nature Environnement Normandie, qui a porté plainte en mai dernier pour pollution et écocide, dénonce une aggravation de la situation.
La hausse des concentrations serait due au ruissellement des eaux de pluie sur les batteries calcinées. Celles-ci n’ont été retirées du site qu’en juillet 2025, après plusieurs mises en demeure des autorités. Des riverains et des associations critiquent les conditions de cette dépollution, effectuée à ciel ouvert, chaque mouvement de pelleteuse soulevant selon eux des nuages de poussière contaminée.
Une station de traitement des eaux polluées a bien été installée, financée sous la contrainte par les sociétés Blue Solutions et Bolloré Logistics. Cependant, la préfecture reconnaît que son débit de pompage n’atteint pas le niveau requis pour contenir efficacement la pollution. Les taux record mesurés dans la nappe phréatique sont comparables à ceux que l’on trouve près de sites d’extraction minière de ce métal. Le groupe Bolloré, contacté, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

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