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Violences sexuelles entre mineurs : un tabou français aux proportions alarmantes

Les agressions sexuelles commises par des enfants sur d’autres enfants restent largement ignorées, malgré des chiffres édifiants. Experts et institutions tirent la sonnette d’alarme.
Les violences sexuelles perpétrées par des mineurs sur d’autres mineurs constituent un phénomène massif, pourtant souvent minimisé ou qualifié à tort de « jeux sexuels ». Les données officielles révèlent une réalité troublante : plus d’un quart des mis en cause pour viol et près d’un tiers pour agression sexuelle étaient mineurs en 2024. Entre 2017 et 2024, ce sont plus de 11 500 jeunes qui ont été impliqués chaque année dans des affaires de ce type, soit un total de 92 100 sur la période.
Les adolescents de 13 à 15 ans représentent la tranche d’âge la plus concernée (46 %), suivis par les moins de 13 ans (30 %) et les 16-17 ans (24 %). Ces chiffres, fournis par le ministère de la Justice, soulignent l’ampleur d’un problème loin d’être anecdotique. Dans le cadre familial, lorsque la victime est un garçon, l’agresseur est mineur dans 40 % des cas, et dans 31 % des cas s’il s’agit d’une fille.
Le milieu scolaire n’est pas épargné. Une enquête récente de l’Éducation nationale révèle que 16 % des écoliers du primaire ont subi des attouchements ou des baisers forcés de la part de leurs camarades. Les établissements spécialisés, comme les foyers de l’aide sociale à l’enfance ou les instituts thérapeutiques, sont également touchés par ce fléau, souvent dissimulé sous une omerta persistante.
Face à ces situations, les réactions oscillent entre sidération et banalisation. Certains adultes, notamment dans les cas d’inceste, tendent à qualifier ces actes de « jeux », contribuant ainsi à les minimiser et à imposer un silence toxique aux victimes. Les spécialistes insistent : il n’existe pas de « jeux sexuels » entre enfants, seulement des rapports de force où le plus vulnérable est contraint.
Pour les professionnels, le défi consiste à éviter deux écueils : ne pas sous-estimer ces violences, mais aussi ne pas stigmatiser prématurément des enfants parfois très jeunes. La réponse doit être adaptée selon l’âge et le contexte, qu’il s’agisse d’un enfant de cinq ans aux comportements problématiques ou d’un adolescent de 17 ans.
La prévention apparaît comme la clé pour endiguer ce phénomène. Un rapport à paraître préconisera notamment la sensibilisation des professionnels et des enfants eux-mêmes, ainsi que la détection précoce des signaux alarmants. De nombreux jeunes agresseurs ont en commun un passé marqué par des traumatismes ou une exposition précoce à la sexualité ou à la pornographie. Agir en amont sur ces facteurs de risque pourrait permettre d’éviter bien des drames.

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