Économie
Vignoble alsacien : le cheval et la patience, recette d’un viticulteur hors norme


À Ammerschwihr, un jeune homme cultive ses grands crus sans tracteur ni intrants, avec pour seul moteur la force animale et une détermination sans faille.
Sur les coteaux escarpés d’Alsace, là où les machines peinent à s’aventurer, un homme et ses deux chevaux tracent leur sillon. Malik Oudni, vigneron de trente-trois ans, exploite avec obstination un hectare et demi de vignes, dont une partie classée grand cru. Il a choisi de renouer avec les méthodes ancestrales, remplaçant le tracteur par la traction animale et les pressoirs industriels par un pressoir manuel.
Ses raisins, vendangés à l’aide de Vizir et Atalante, ses deux percherons, sont transformés sur place selon des procédés entièrement naturels. Aucun intrant n’est ajouté. Le résultat séduit jusqu’aux tables étoilées, qui s’arrachent ses rieslings et pinots gris d’une pureté rare.
Son parcours est celui d’un autodidacte passionné. Originaire d’un village près de Colmar, il a débuté dans l’élevage porcin avant de se tourner vers l’équitation. L’acquisition de ses chevaux de trait a marqué le début d’une aventure viticole singulière. Il propose d’abord ses services aux domaines alentour, où son efficacité sur les parcelles pentues et étroites fait rapidement ses preuves.
Obtenir ses propres terres n’a pourtant pas été simple. Cinq années ont été nécessaires pour convaincre. « Quand on s’appelle Malik en Alsace et qu’on n’est pas fils de vigneron, il faut redoubler de persévérance », confie-t-il, sans amertume. Sa rigueur et son sérieux ont fini par lever les derniers doutes.
Il a appris son métier en autodidacte, s’inspirant notamment d’émissions pédagogiques et en développant une approche intuitive de la vigne. « Il faut observer, comprendre les sols, avoir le feeling », résume-t-il.
Aujourd’hui, il vit de sa production avec une sobriété assumée. Sa ferme, qu’il a baptisée « La ferme sans nom », abrite un pressoir acheté d’occasion et une charrue. Les dépenses sont maîtrisées, les choix éthiques. Il refuse d’exporter loin, par cohérence écologique. Une année favorable lui permet de produire entre sept et huit mille bouteilles, écoulées essentiellement en Europe. Preuve qu’une viticulture exigeante, respectueuse du vivant, peut aussi être viable.





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