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Une enquête judiciaire française ouverte sur le rôle présumé du prince héritier saoudien dans la mort de Jamal Khashoggi

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Un magistrat instructeur parisien a été désigné pour examiner les accusations portées contre Mohammed ben Salmane, près de huit ans après l’assassinat du journaliste saoudien à Istanbul.

La justice française a franchi une étape décisive dans l’affaire Jamal Khashoggi. Un juge d’instruction rattaché au pôle spécialisé dans les crimes contre l’humanité a été chargé d’enquêter sur la plainte déposée par les associations Trial International et Reporters sans frontières. Le parquet national antiterroriste, interrogé par l’Agence France-Presse, a confirmé cette nomination qui ouvre la voie à des investigations sur des faits de torture et de disparition forcée.

L’assassinat de ce journaliste dissident, survenu en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat saoudien à Istanbul, avait provoqué une onde de choc internationale. Les services de renseignement américains avaient alors mis en cause directement le prince héritier Mohammed ben Salmane, souvent désigné par ses initiales MBS. Le corps de la victime, un critique du régime saoudien qui résidait aux États-Unis, n’a jamais été retrouvé après avoir été démembré. Le royaume, mis au ban des nations à l’époque, a depuis renoué avec la communauté internationale. Fin 2025, lors d’un entretien à la Maison-Blanche avec Donald Trump, MBS avait qualifié cet assassinat d’« énorme erreur ».

La procédure française trouve son origine dans une plainte déposée en juillet 2022 par Trial International, une organisation de lutte contre l’impunité des crimes internationaux, et Democracy for the Arab World Now, l’entité qui employait Jamal Khashoggi. Reporters sans frontières s’est joint à la démarche. Les plaignants accusent le prince héritier de complicité de torture et de disparition forcée en bande organisée, lui reprochant d’avoir ordonné l’assassinat par asphyxie de l’opposant.

Le parquet s’était initialement opposé à l’ouverture d’une enquête, estimant que les associations n’étaient pas recevables à agir. Mais la cour d’appel a infirmé cette position dans une décision rendue le 11 mai, dont l’AFP a eu connaissance. Les juges ont estimé que la qualification de crimes contre l’humanité ne pouvait être exclue avant toute investigation. Le magistrat instructeur devra notamment déterminer si l’assassinat s’inscrit dans un plan concerté du pouvoir saoudien visant à réprimer ses opposants, ce qui constituerait une attaque généralisée ou systématique contre une population civile.

L’avocat de Reporters sans frontières, Me Emmanuel Daoud, a salué une avancée majeure. Il a souligné que le crime dont a été victime Jamal Khashoggi avait été décidé et planifié au plus haut niveau de l’État saoudien, et que son organisation était déterminée à ce que les responsabilités pénales soient identifiées. Il a également critiqué l’attitude du parquet national antiterroriste, qu’il a jugée dictée par des considérations de realpolitik et de préservation des intérêts économiques français avec Riyad.

Le parquet a pris acte de la décision tout en maintenant son interprétation des textes encadrant la recevabilité des associations dans ce type de contentieux. De son côté, l’avocat de Trial International, Me Henri Thulliez, a rappelé que la France a l’obligation d’enquêter sur toute personne suspectée de torture ou de disparition forcée présente sur son territoire. Il a estimé qu’aucun obstacle ne devait plus entraver l’ouverture d’une information judiciaire sur ce crime.

L’organisation Dawn, fondée par Jamal Khashoggi peu avant sa mort, n’a pas pu se constituer partie civile. Son directeur du plaidoyer, Raed Jarrar, a néanmoins qualifié cette décision d’étape importante vers la justice, confirmant selon lui qu’une véritable enquête pénale sur le meurtre du journaliste pouvait enfin être menée en France.

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