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Un dessin d’écolière, dix-neuf mois de prison et l’exil forcé

Alexeï Moskaliov a perdu son pays, sa liberté et presque sa fille. Tout ça pour un crayonnage d’enfant contre la guerre en Ukraine. Réfugiés à Strasbourg…

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Un dessin d'écolière, dix-neuf mois de prison et l’exil forcé

Alexeï Moskaliov a perdu son pays, sa liberté et presque sa fille. Tout ça pour un crayonnage d’enfant contre la guerre en Ukraine. Réfugiés à Strasbourg, ils racontent leur histoire sans un regret.

Tout a commencé par un dessin d’école. Maria avait 12 ans quand elle a représenté des missiles fonçant vers une femme et un enfant, avec un drapeau russe et la mention « Non à Poutine et à la guerre ». Ce simple croquis a suffi à briser sa vie et celle de son père. La directrice de l’établissement, à Efremov, une petite ville au sud de Moscou, a immédiatement prévenu les autorités. Alexeï, lui, ne comprenait pas le crime. « Ma fille et moi ne sommes pas en guerre avec l’Ukraine », répétait-il aux policiers venus le menacer. Mais le simple fait de critiquer l’armée russe est devenu un délit. Pour se faire oublier, il a retiré Maria de l’école. Peine perdue.

Très vite, Alexeï a été assigné à résidence, puis condamné à deux ans de prison pour avoir « discrédité les forces armées ». Sa tentative de fuite vers le Bélarus a échoué. Arrêté, renvoyé en Russie, il a été baladé de prison en prison. Cinq établissements pénitentiaires différents. Pendant ce temps, Maria se retrouvait complètement seule. Placée dans un centre d’accueil, elle ne savait plus où était son père. Puis des fonctionnaires lui ont dit qu’il l’avait abandonnée. Elle a dû retourner vivre chez une mère qu’elle ne voyait plus. Pour Alexeï, la séparation a été pire que les coups : « Mon propre sort ne m’importait plus, du moment qu’elle était saine et sauve », confie-t-il. En cellule, un détenu du groupe Wagner a tenté de l’étrangler pour le forcer à s’engager sur le front ukrainien. Il s’en est sorti de justesse, la tête en sang.

Aujourd’hui, père et fille vivent à Strasbourg. Après une évasion rocambolesque et un long périple par l’Arménie, la France les a accueillis en mars. Maria apprend le français pour reprendre ses études. Elle veut faire de la politique et croit en un changement en Russie. Alexeï, lui, ne regrette rien : « Mes convictions valent plus que toutes les richesses du monde. » Le dessin qui a tout déclenché, il ne le renie pas. Il le brandit comme une preuve de ce que la parole libre peut coûter, mais aussi de ce qu’elle peut sauver.

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