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Un banquet géant à Montélimar réveille le débat sur l’identité française

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Dans la Drôme, un millier de convives se sont réunis autour d’un repas copieux pour célébrer le terroir et le patrimoine, mais ces festivités sont de plus en plus critiquées pour leur lien présumé avec des mouvances identitaires.

Vendredi soir, le Palais des congrès de Montélimar a accueilli un banquet d’exception, réunissant près d’un millier de participants venus partager un moment de convivialité autour de spécialités locales. L’événement, organisé par le Canon français, se veut une ode aux produits du terroir et aux traditions hexagonales, dans une ambiance festive et décontractée. Pourtant, derrière les airs de Michel Delpech et les odeurs de cochon grillé, ces agapes suscitent de vives controverses.

Depuis l’entrée minoritaire du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin dans l’entreprise début 2025, ces rassemblements sont régulièrement accusés de servir de vitrine à des idées d’extrême droite. Cette semaine, la justice a ouvert une enquête après des signalements de propos et comportements racistes lors d’un banquet similaire à Caen en avril. Malgré ces polémiques, le succès ne se dément pas. À Montélimar, les organisateurs ont même dû ajouter une deuxième date pour satisfaire la demande.

« Ici, on se retrouve dans nos valeurs françaises », confie Manolo, un influenceur marseillais de 32 ans, venu entre amis avec son béret rouge et son bandana. « Cela fait plaisir que des gens remettent cela au goût du jour », ajoute-t-il. Les convives, appelés « canonniers », s’attablent sur de longues rangées pour déguster pâtés, charcuteries et un kilo de nourriture par personne, le tout arrosé de vin rouge, pour un prix de 80 euros. « On pourrait payer autant dans un restaurant sans en avoir autant », souligne Amythis Tournigand, une étudiarde de 21 ans venue d’Ardèche pour profiter de l’ambiance et des produits locaux.

Créés en 2021, ces banquets itinérants attirent des dizaines de milliers de personnes chaque année. Le public est majoritairement masculin, blanc et âgé d’une trentaine d’années. La star de la soirée, le cochon grillé porté sur sa broche par des personnages d’Astérix et Obélix, suscite l’enthousiasme. Ces rassemblements sont critiqués pour favoriser un entre-soi autour d’une vision réductrice de la France. « On aime ou on n’aime pas », reconnaît Savino Di Tacchio, un septuagénaire isérois se revendiquant socialiste. « Mais il n’y a pas de polémique à avoir », insiste-t-il.

Interrogé sur l’absence d’autres viandes que le porc, il répond que dans les campagnes, le cochon est un symbole de fête et que ses amis d’origines diverses auraient pu venir s’ils avaient été informés. Manolo abonde dans ce sens : « On aime tout le monde. Peut-être que ceux qui ne viennent pas ne se retrouvent pas dans nos valeurs parce qu’ils sont nés ailleurs. »

Quant aux propos racistes signalés, Géraud de la Tour, cofondateur du Canon français, les relativise. « Qu’il y ait des idiots dans le lot, c’est probable, mais on cherche à amalgamer tout un événement à cause de propos de comptoir », déclare-t-il. Il rejette également les critiques sur la participation de Pierre-Edouard Stérin, jugeant que ses positions politiques ne regardent que lui et que les banquets n’ont « rien de politique ». Des élus de gauche ont pourtant dénoncé des gestes évoquant des saluts nazis lors de précédents rassemblements, alimentant les appels à interdire ces événements.

Durant la soirée, quelques t-shirts arborant la croix des Templiers ont été aperçus. L’organisateur rappelle que la « charte des canonniers » interdit les propos racistes et les insignes politiques. Au micro, il met en garde l’assemblée : « Vous devez être irréprochables. »

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