Culture
Soumsoum, une épopée féminine au cœur des croyances ancestrales tchadiennes


Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun présente à la Berlinale une œuvre poétique et politique, où deux femmes réhabilitent une mémoire animiste face aux dogmes établis.
Dans le décor minéral et sublime du massif de l’Ennedi, classé au patrimoine mondial, une histoire de transmission et de résistance silencieuse prend forme. Le nouveau long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, en compétition officielle, suit le parcours de deux femmes au sein d’une communauté saharienne. Une adolescente en proie à des visions rencontre une femme mise au ban du village, accusée de porter malheur. Leur alliance va les conduire à renouer avec des savoirs ancestraux, mêlant culte des forces naturelles et vénération des ancêtres, que l’avancée des religions monothéistes a relégués dans l’ombre.
Le réalisateur, figure majeure du cinéma africain, esquisse à travers cette fable une réflexion sur la coexistence des croyances. Il observe que certaines pratiques animistes persistent, intégrées de manière syncrétique, bien que souvent discrètes, dans le paysage religieux contemporain. Le film suggère que cette part de l’héritage culturel est parfois perçue avec une certaine gêne, notamment par les hommes, tandis que ses personnages féminins en deviennent les dépositaires. Ils en assument la mémoire sans pour autant rejeter les autres formes de spiritualité.
L’intrigue évoque également une tradition aujourd’hui disparue, celle d’un carnaval où les rencontres se faisaient librement sous le couvert de masques. Haroun y voit un rituel que l’influence moralisatrice des religions révélées a contribué à effacer. Cette évocation renforce le propos sur la perte de certaines formes de liberté et de lien social au nom d’un ordre nouveau. Le cinéaste pointe plus largement les tensions identitaires qui traversent le continent, où les affiliations religieuses importées peuvent parfois éroder les solidarités anciennes.
La réalisation puise une partie de sa force dans l’incarnation du paysage. Les formations rocheuses spectaculaires de l’Ennedi ne sont pas un simple décor, mais un personnage à part entière, avec lequel les habitants entretiennent un rapport vivant et sacré. Le tournage fut pour l’équipe, majoritairement tchadienne, une découverte, beaucoup n’ayant jamais foulé cette région reculée. Le film intègre aussi la présence muette et puissante des peintures rupestres millénaires qui ornent les parois, témoignages d’une quête d’éternité qui résonne avec le propos de l’œuvre.
Cette coproduction franco-tchadienne se présente ainsi comme un plaidoyer cinématographique pour la tolérance et la préservation d’une mémoire plurielle. Elle invite à considérer la richesse des héritages qui cohabitent, souvent de manière souterraine, dans les sociétés contemporaines. La sortie en salles en France est annoncée pour le mois d’avril.





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