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Pénitencier français : 88 145 détenus, un sommet historique d’incarcération

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Le nombre de personnes incarcérées dans les prisons françaises a atteint un niveau sans précédent au 1er avril, avec 88 145 détenus, dans un contexte de saturation chronique du système carcéral.

Les chiffres officiels du ministère de la Justice, dévoilés jeudi, révèlent une augmentation de plus de 5 000 prisonniers en l’espace d’un an, soit une hausse de 6,3 %. Durant la même période, l’offre de places disponibles ne s’est accrue que de moins d’un millier, une progression limitée à 1,6 %. Cette disproportion aggrave une situation déjà tendue, particulièrement dans les maisons d’arrêt, où le taux d’occupation atteint 171,1 %. Ces établissements accueillent les condamnés à de courtes peines ainsi que les prévenus en attente de jugement, présumés innocents. Globalement, la densité carcérale française s’élève à 139,1 %.

La France figure parmi les États européens les plus mal classés en matière de surpopulation pénitentiaire. Seules la Slovénie et Chypre présentent des indicateurs plus défavorables, bien que leurs populations carcérales soient nettement inférieures. Fin janvier, le Conseil de l’Europe avait vivement critiqué l’état des prisons françaises, évoquant dans un rapport le risque d’une dérive vers un « entrepôt humain ». Insalubrité, violences et promiscuité y sont régulièrement dénoncées.

Signe tangible de cette crise, le nombre de matelas posés à même le sol dans les cellules, faute de lits disponibles, s’élevait à 7 540 au 1er avril. Ce chiffre a bondi de près de 60 % en un an, contre 4 752 l’année précédente. Dans trente des 190 établissements pénitentiaires du territoire, deux détenus se partagent une seule place, un seuil de saturation qui ne cesse de s’étendre.

Les régions les plus touchées sont l’Île-de-France, avec un taux d’occupation de 162,9 %, suivie de la région toulousaine (156,3 %) et de l’outre-mer (148,1 %). Depuis plusieurs mois, surveillants et directeurs de prison alertent sur un système pénitentiaire au bord de la rupture. Fin avril, environ 22 % des établissements ont été perturbés par des mouvements de grève, tandis que le syndicat Ufap-Unsa revendiquait la mobilisation d’une centaine de prisons.

Un projet de loi en préparation vise à remédier à la surpopulation carcérale. Il prévoit notamment d’interdire la pratique des matelas au sol. Aucun calendrier précis n’a toutefois été communiqué quant à son dépôt, son examen ou son adoption. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’est opposé à toute mesure de régulation carcérale, un mécanisme qui, comme en Allemagne, imposerait une sortie de détention lorsque le seuil d’occupation est dépassé.

Le ministère de la Justice prévoit l’ouverture de 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié d’ici 2027. Ce chiffre reste modeste au regard des 15 000 places promises dans un plan national lancé en 2018, dont moins d’un tiers a été livré à ce jour. Gérald Darmanin s’est félicité fin avril d’une augmentation des expulsions de détenus étrangers, via des libérations conditionnelles ou des accords bilatéraux. Mais cette mesure ne concerne qu’un nombre restreint de prisonniers et ne saurait, selon les syndicats de surveillants et de directeurs, résoudre durablement le problème.

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