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Oulan-Bator mise sur le téléphérique pour desserrer l’étau du trafic et de la pollution
La capitale mongole, asphyxiée par les bouchons et un air vicié dès l’hiver, attend une ligne de câble de 4,2 km pour franchir la rivière Tuul. Un…


La capitale mongole, asphyxiée par les bouchons et un air vicié dès l’hiver, attend une ligne de câble de 4,2 km pour franchir la rivière Tuul. Un chantier mené par une entreprise française, promis pour la fin 2026, qui partage les habitants entre espoir et lassitude.
Oulan-Bator étouffe. Des heures perdues dans les bouchons, un air irrespirable dès que le froid s’installe, une capitale qui grandit plus vite qu’elle ne parvient à s’organiser. Pour tenter de desserrer cet étau, un téléphérique doit être livré d’ici à la fin 2026. Il enjambera sur 4,2 kilomètres la rivière Tuul, qui coupe la ville en deux.
L’idée séduit, mais elle laisse aussi un goût amer. Narantsetseg Aleksandr, 68 ans, vit dans l’un des quartiers tentaculaires du nord. Il veut bien y croire. Les familles installées là-haut, sur ces collines isolées, n’auraient plus à compter uniquement sur les bus, et à ses yeux cela changerait beaucoup. Sauf qu’il a déjà entendu trop de promesses. Dans une ville toujours dépourvue de métro, il redoute que celle-ci reste, comme les autres, un discours sans suite. Les autorités annoncent régulièrement des plans contre la pollution et la circulation, sans que le quotidien bouge vraiment.
Enkhbayar Myanganbayar, 25 ans, chauffeur de camion, se souvient d’avoir entendu parler d’un métro depuis son enfance. Pour lui, l’affaire était pliée d’avance, ce projet-là ne verrait jamais le jour. Le chantier du téléphérique, lui, avance pour de bon. Il est piloté par l’entreprise française Poma et les travaux ont démarré en mars.
Cécile Broi, qui suit le projet sur place, résume l’intérêt de la formule. Le coût reste modeste et la construction bien plus rapide que celle d’un métro. Là où, aux heures chargées, il faut parfois trois heures pour relier les deux stations, la cabine fera le trajet en douze minutes. L’engin, électrique, pourra transporter 2 300 passagers. Cette situation est pour elle l’exemple même d’un cas où le transport par câble trouve tout son sens. Longtemps réservés aux reliefs escarpés, ces systèmes servent de plus en plus à raccorder des quartiers coupés du reste de la ville.
Le mal est profond. Oulan-Bator figure régulièrement parmi les villes les plus polluées de la planète quand le thermomètre chute, et dépasse souvent les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Erdenejargal Khorolsuren, 42 ans, en mesure les dégâts sur son fils. Quand il a commencé l’école à l’autre bout de la ville, il débordait d’énergie et d’enthousiasme. Cinq ans plus tard, les trajets l’ont épuisé. Son envie d’apprendre s’est effondrée, il est sans cesse fatigué et malade, en proie à des maux de tête à répétition. Dans les quartiers de yourtes, où le charbon sert à se chauffer, la fumée rend l’air irrespirable. Les enfants toussent et s’enrhument sans arrêt, raconte Narantsetseg Aleksandr, et chaque traitement coûte cher.
Cécile Broi le reconnaît volontiers. Un téléphérique ne réglera pas tout, loin de là. Mais il pourrait au moins habituer les habitants à ce mode de transport. L’étape suivante, espère-t-elle, serait d’en construire d’autres.
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