Culture
Mulatu Astatke, le génie méconnu qui a révolutionné la musique éthiopienne


À 81 ans, le pionnier de l’éthio-jazz continue de captiver le monde avec ses mélodies intemporelles, refusant de mettre un terme à sa carrière.
Nul ne pouvait prédire que ce virtuose, maîtrisant aussi bien le vibraphone que les percussions cubaines, deviendrait l’architecte d’un style musical inédit. Dans les années 1960, Mulatu Astatke a su fusionner les sonorités ancestrales de l’Éthiopie avec les rythmes envoûtants du jazz, du funk et des musiques latines, donnant naissance à l’éthio-jazz. Une alchimie audacieuse où le masenqo, instrument traditionnel à une corde, dialogue avec les cuivres et les guitares électriques.
Pour lui, la musique est bien plus qu’une simple expression artistique : c’est un langage universel capable de transcender les frontières. « L’éthio-jazz unit les cultures, les peuples, les émotions », confie-t-il, la voix empreinte de sagesse. Son club, l’African Jazz Village, situé non loin de la place Meskel à Addis-Abeba, reste un sanctuaire où il partage cette philosophie avec son public.
Son parcours, pourtant, n’a pas été un long fleuve tranquille. Après des études en Angleterre puis aux États-Unis, où il fut le premier Africain à intégrer le prestigieux Berklee College of Music, il retourne en Éthiopie, animé par l’effervescence culturelle des années 1970. Mais le coup d’État de 1974 et l’arrivée au pouvoir du régime autoritaire du Derg plongent le pays dans l’obscurantisme. La censure frappe de plein fouet la création artistique, contraignant Mulatu à une longue période d’oubli.
Il faudra attendre la fin des années 1990 pour que son talent soit enfin célébré, grâce à la compilation « Ethiopiques » qui réhabilite les trésors musicaux de l’âge d’or éthiopien. Puis, en 2005, le film « Broken Flowers » de Jim Jarmusch propulse ses compositions sur la scène internationale, lui offrant une reconnaissance tardive mais bien méritée.
Aujourd’hui, malgré les années, l’artiste refuse de ranger ses instruments. Entre tournées internationales et projets discographiques, comme son prochain album « Mulatu plays Mulatu », il continue d’écrire sa légende. « J’ai mis quarante ans à être reconnu, je ne vais pas m’arrêter maintenant », lance-t-il, le regard pétillant de détermination. Une leçon de persévérance et de passion pour les générations futures.





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