Monde
Mandalay, une ville martyre entre conflit et séisme

La cité historique birmane concentre les souffrances d’une population confrontée à la fois aux violences des combats et aux conséquences du tremblement de terre dévastateur survenu fin mars.
Au cœur de la Birmanie, Mandalay tente de panser ses plaies. Les stigmates du séisme de magnitude 7,7 qui a frappé la région fin mars demeurent visibles, tandis que l’afflux continu de personnes déplacées fuyant les zones de combat alourdit une situation humanitaire déjà critique. Des milliers d’individus, souvent venus avec pour seul bagage leur survie, cherchent refuge dans des abris de fortune, à l’image de ces familles hébergées dans l’enceinte de monastères.
Le paysage urbain porte les marques de la double catastrophe. Si les gravats des immeubles effondrés sont progressivement déblayés, les échafaudages côtoient les bâtiments éventrés et les bâches de protection. Le palais historique, partiellement détruit, symbolise cette vulnérabilité, surmonté d’une bannière militaire aux messages martiales. Selon les estimations des organisations internationales, plus de quatre-vingt-dix mille personnes vivraient aujourd’hui déplacées dans la région, confrontées à des difficultés d’accès à l’aide essentielle.
Parmi ces déracinés, des veuves de militaires ayant fui des localités dévastées par les affrontements entre l’armée et des groupes ethniques armés. Leur arrivée à Mandalay constitue un ultime recours, dans une ville elle-même éprouvée. Leurs récits évoquent une existence désormais rythmée par la précarité et le souvenir des pertes subies. D’autres, originaires de zones minières du nord, tentent de poursuivre des activités commerciales, comme la vente de pierres précieuses, dans des centres commerciaux aux infrastructures endommagées.
La perspective d’élections annoncées par la junte pour la fin de l’année suscite peu d’enthousiasme dans cette population luttant pour sa subsistance quotidienne. Le scrutin, dont la tenue est incertaine dans cette région et déjà contestée par des acteurs internationaux et rebelles, apparaît comme un enjeu lointain face à l’urgence de trouver nourriture et abri. Le sentiment dominant exprimé par nombre de déplacés est un rejet de la violence et un profond désir de paix, au-delà des considérations politiques.
Le tremblement de terre, dont la puissance a provoqué des déchirures spectaculaires dans le sol selon les observations satellitaires, a considérablement aggravé une crise humanitaire préexistante, liée à la prise de pouvoir par l’armée en 2021. Sur les sites des effondrements les plus meurtriers, les opérations de recherche se sont poursuivies pendant des mois, illustrant l’ampleur des destructions. Un sentiment d’isolement et de débrouillardise forcée prévaut parmi les survivants, qui décrivent une communauté fragilisée, où l’entraide devient un luxe inaccessible face à l’accumulation des épreuves.

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