Monde
L’Union européenne face au spectre d’une crise migratoire iranienne

Un rapport de l’Agence de l’UE pour l’asile, établi avant l’ouverture des hostilités, met en garde contre les conséquences démographiques potentielles d’une déstabilisation de la République islamique. Les capitales européennes suivent la situation avec une vigilance accrue.
Un document interne de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA) évoque un risque migratoire d’une ampleur considérable en provenance d’Iran. Selon cette analyse, rédigée avant les récents développements militaires, une instabilité même partielle dans ce pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants pourrait engendrer des mouvements de population sans précédent. Les experts estiment qu’un déplacement de seulement dix pour cent des Iraniens équivaudrait aux plus importants flux de réfugiés observés ces dernières décennies.
Interrogée sur une éventuelle mise à jour de ses prévisions après le début des frappes, l’agence a déclaré que la situation demeurait trop instable pour formuler de nouvelles hypothèses. Elle a toutefois réaffirmé l’importance du facteur démographique dans son évaluation. À ce jour, les demandes de protection internationale émanant de ressortissants iraniens restent limitées, avec environ huit mille dossiers enregistrés l’an dernier sur le sol européen, un chiffre bien inférieur à ceux concernant l’Afghanistan ou le Venezuela.
Le rapport souligne que le scénario d’un afflux massif demeure spéculatif et dépendrait de multiples paramètres, notamment la capacité des personnes à quitter le territoire. Il rappelle également que l’Iran héberge lui-même l’une des plus vastes populations réfugiées au monde, une situation qui pourrait amplifier les déplacements de manière chaotique en cas d’effondrement des structures étatiques. Un fonctionnaire européen spécialisé, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, a qualifié la dynamique de « très volatile ».
Cette perspective occupe déjà les discussions entre dirigeants. La présidente de la Commission européenne a évoqué le sujet avec son homologue turc, tandis que l’exécutif communautaire a annoncé le renforcement de sa vigilance sur les évolutions migratoires liées au conflit. La question sera officiellement abordée lors de la prochaine réunion des ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept.
Parallèlement, l’AUEA a publié des données indiquant une baisse globale des demandes d’asile dans l’Union européenne et les pays associés, avec environ 822 000 requêtes en 2025, soit un recul de dix-neuf pour cent par rapport à l’année précédente. Cette diminution s’explique en grande partie par la réduction des demandes syriennes après les changements politiques survenus à Damas. Le niveau des arrivées reste très éloigné du pic historique enregistré en 2015.

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