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Lula renverse tout et s’offre un quatrième mandat

Donné perdant, le vétéran de la gauche brésilienne a finalement devancé le conservateur Flavio Bolsonaro avec 51,8 % des voix. Son rival refuse de…

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Lula renverse tout et s'offre un quatrième mandat

Donné perdant, le vétéran de la gauche brésilienne a finalement devancé le conservateur Flavio Bolsonaro avec 51,8 % des voix. Son rival refuse de reconnaître le résultat et dénonce une magouille.

Peu de gens l’avaient vu venir. Luiz Inacio Lula da Silva a été réélu dimanche à la tête du Brésil, décrochant un quatrième mandat inédit au terme d’un second tour renversant. Le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro obtient 48,2 % des suffrages, soit 4,4 millions de voix de moins que son adversaire. Du jamais-vu depuis la fin de la dictature militaire, en 1985, aucun candidat n’avait jusqu’ici réussi à inverser la tendance entre les deux tours.

Depuis Sao Paulo, la voix plus cassée que jamais, le vainqueur a remercié « la générosité de la jeunesse brésilienne », descendue dans les rues et mobilisée sur les réseaux sociaux pendant l’entre-deux-tours pour arracher une « virada », le mot que les Brésiliens emploient pour une remontée au score. « Ils sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie », a-t-il lancé. À l’annonce des résultats, la foule a explosé de joie sur l’avenue Paulista, où le président a été acclamé. « Je suis très émue. C’est une victoire historique pour le président Lula. Le peuple s’est mobilisé, s’est uni », témoigne Mariana Andrade, avocate de 33 ans à Rio de Janeiro.

Ce scrutin dessine aussi une carte politique régionale. Alors que l’Argentine, le Chili et la Colombie ont basculé à droite avec le soutien de Donald Trump, le Brésil reste l’un des derniers bastions progressistes du continent. Mais le répit s’annonce court. Le raz-de-marée conservateur des législatives, il y a trois semaines, limite déjà la marge de manœuvre du chef de l’État, dans un pays que la campagne a révélé profondément divisé.

La journée de vote elle-même a été chahutée. Un juge de la Cour suprême a ordonné de prolonger le scrutin de deux heures, après un recours de l’équipe Lula dénonçant le retrait de bus dans certaines villes, notamment dans son fief du Nord-Est, qui aurait empêché des électeurs de se rendre aux urnes. Le camp d’en face avait lui aussi réclamé un délai supplémentaire dans deux régions, invoquant de fortes pluies.

Flavio Bolsonaro, visage fermé, a refusé la défaite depuis Brasilia. « Il est impossible de reconnaître les élections », a-t-il déclaré, fustigeant une « magouille ». Un scénario qui rappelle 2022, quand son père, l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, avait lui aussi contesté sa défaite face à Lula. Il purge aujourd’hui 27 ans de prison en résidence surveillée pour avoir tenté de s’accrocher au pouvoir.

Pour l’icône de la gauche, cette réélection couronne un parcours hors norme. L’ancien gamin pauvre du Pernambouc, qui fêtera ses 81 ans cette semaine, atteindra 85 ans au terme de son mandat, en 2030, et totalisera seize années à la tête du pays en comptant son premier passage de 2003 à 2010. Aucun président élu démocratiquement n’aura dirigé le Brésil aussi longtemps. Il lui a fallu surmonter une lassitude très forte envers son Parti des travailleurs, associé aux scandales des années 2000, et sa propre condamnation pour corruption, qui lui a valu la prison en 2018 et 2019 avant d’être annulée pour des motifs de procédure.

Sa campagne a mis en avant la souveraineté nationale face aux pressions commerciales et diplomatiques des États-Unis. Mais les derniers jours ont surtout été marqués par la charge contre Meta. La maison mère de Facebook, WhatsApp et Instagram a été accusée par son équipe d’« ingérence » et de favoriser le fils Bolsonaro. Dimanche soir, le président a promis de « réguler » les réseaux sociaux. Le géant américain nie tout parti pris, tout en reconnaissant des « problèmes techniques » qui ont pénalisé la campagne de gauche sur ses plateformes.

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