Europe
L’Otan joue son va-tout face à un Trump plus remonté que jamais
Les alliés européens tentent le tout pour le tout pour calmer un Donald Trump furieux. Leur stratégie tient en trois mots : dépenser, dépenser, dépenser.


Les alliés européens tentent le tout pour le tout pour calmer un Donald Trump furieux. Leur stratégie tient en trois mots : dépenser, dépenser, dépenser.
Le sommet de l’Otan s’ouvre mardi à Ankara sous tension maximale. En cause, Donald Trump qui ne cache plus son agacement. Il juge « ridicule » de maintenir une relation « unilatérale » avec des partenaires qu’il accuse de l’abandonner dans le conflit déclenché par les Etats-Unis avec Israël contre l’Iran. Un diplomate à Bruxelles confie que la gestion du président américain « consume beaucoup d’énergie » au sein de l’Alliance. Pour éviter le drame, les Européens ont préparé une démonstration de force budgétaire. Le secrétaire général Mark Rutte, passé maître dans l’art d’amadouer Trump, a promis l’annonce de contrats d’armement se chiffrant en « dizaines de milliards de dollars ». Une bonne partie de ces contrats visera l’industrie américaine, histoire de montrer que l’Europe ne lâche pas son allié.
Le Canada a déjà envoyé un signal clair. Lundi, Ottawa a choisi le groupe allemand Thyssenkrupp Marine Systems pour construire sa nouvelle flotte de sous-marins. Le chancelier allemand Friedrich Merz y voit un « signal fort en faveur de la coopération transatlantique et européenne ». L’idée est simple prouver que les efforts sont réels. Depuis l’engagement pris l’an dernier de consacrer au moins 5% de leur PIB à la défense, les Européens avancent. Selon Rutte, les dépenses ont bondi de près de 20% en 2025 par rapport à 2024. Cumulées sur deux ans, les investissements supplémentaires atteignent 258 milliards de dollars. Reste un défi de taille transformer cet argent en capacités de production. Le patron de l’Otan appelle à faire de l’innovation une priorité, à surmonter la fragmentation des industries nationales et à réduire les lourdeurs administratives. L’Ukraine pourrait servir d’inspiration, notamment dans le domaine des drones.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est attendu mardi soir à Ankara. Il participera au dîner offert par Recep Tayyip Erdogan, l’hôte du sommet. Les Européens veulent lui réaffirmer leur soutien. Sans les Etats-Unis, mais avec le Canada, ils s’engagent à fournir une aide militaire de 40 milliards d’euros en 2026, et autant l’année suivante. Cela s’ajoute aux 30 milliards d’euros de prêts promis par l’Union européenne. Les alliés comptent aussi sur l’excellente relation entre Erdogan et Trump pour désamorcer une éventuelle colère du président américain. Un diplomate résume l’équilibre fragile de ce sommet. L’autre atout reste Rutte, que Trump a récemment qualifié de « type formidable » et de « grand dirigeant ». Sans lui à la tête de l’Otan, a même lâché le locataire de la Maison Blanche, « nous ne serions même pas réunis aujourd’hui ». De quoi mesurer l’enjeu de ces deux jours à Ankara.
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