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L’ombre toxique du bloc opératoire

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L’ancien anesthésiste Frédéric Péchier comparaît devant la cour d’assises du Doubs, accusé d’avoir intentionnellement altéré des perfusions, provoquant des arrêts cardiaques chez trente patients. Douze d’entre eux n’ont pas survécu.

L’enquête qui a conduit au procès de Frédéric Péchier fut singulière à plus d’un titre. Le directeur des investigations l’a souligné devant la cour : la scène des faits était un bloc opératoire, un univers aseptisé où les preuves matérielles se font rares, et les armes présumées n’étaient autres que des médicaments détournés de leur usage thérapeutique.

Tout a commencé en janvier 2017, lorsqu’une patiente de 36 ans, en pleine santé, a subi un arrêt cardiaque inexpliqué lors d’une intervention chirurgicale. L’analyse des poches de soluté a révélé une concentration anormale de potassium, cent fois supérieure à la normale. Frédéric Péchier, présent ce jour-là, avait participé aux manœuvres de réanimation en suggérant l’administration d’un antidote spécifique, ce qui avait surpris l’équipe soignante.

Quelques jours plus tard, un second incident survenait sous sa responsabilité directe. Un patient de 70 ans faisait à son tour un arrêt cardiaque, cette fois lié à une intoxication à un anesthésique local. L’anesthésiste avait alors évoqué des actes de malveillance, affirmant avoir trouvé des poches de paracétamol perforées. Les enquêteurs ont pourtant orienté leurs suspicions vers lui, estimant qu’il aurait pu orchestrer lui-même ces drames pour se construire un alibi.

Peu à peu, en croisant les chronologies et les protocoles, les investigateurs ont noté sa présence récurrente lors d’incidents similaires survenus dans deux cliniques bisontines. Mis en examen à trois reprises entre 2017 et 2023, il est aujourd’hui jugé pour trente empoisonnements présumés, dont douze mortels.

Le parquet avance une hypothèse troublante : Péchier aurait délibérément introduit des substances toxiques dans les perfusions afin de mettre en difficulté des collègues avec lesquels il était en conflit, puis se poser en sauveur lors des réanimations.

À la barre, l’ancien médecin maintient son innocence. Discret et meurtri, il a tout perdu : son mariage, sa carrière, et jusqu’à sa réputation, jadis brillante, au sein de la communauté médicale de Besançon. Il encourt la perpétuité.

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