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L’accord de paix colombien de 2016 n’a pas su préserver l’environnement, selon Juan Manuel Santos

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L’ancien président et prix Nobel de la paix estime que la mauvaise mise en œuvre du traité avec les Farc a laissé le champ libre aux groupes criminels, premiers responsables de la déforestation en Amazonie.

L’accord de paix signé en 2016 entre l’État colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) n’a pas atteint son objectif de protection de la nature. C’est le constat amer dressé par l’ancien président Juan Manuel Santos, architecte de ce processus historique, lors d’un entretien accordé en marge d’une conférence internationale sur la transition énergétique à Santa Marta. Le dirigeant de 74 ans, qui portait des mocassins ornés de symboles évoquant la paix et l’environnement, a souligné que la déforestation avait connu une recrudescence immédiatement après l’entrée en vigueur du traité.

Pour l’ancien chef d’État, la racine du problème réside dans une exécution défaillante de l’accord. Il explique que l’un des piliers du processus était de reprendre le contrôle des territoires avec l’aide des communautés locales afin de contrer le crime organisé. Or, ce dernier constitue, selon lui, le principal moteur de la déforestation non seulement en Colombie, mais aussi au Brésil, en Équateur et au Pérou. Les groupes illégaux utilisent l’élevage extensif et l’exploitation minière illicite comme sources de financement, ce qui encourage la destruction des forêts.

Interrogé sur la nécessité d’intégrer des mesures environnementales dans un éventuel nouvel accord, Juan Manuel Santos a répondu sans équivoque. Il a toutefois nuancé son propos en précisant que les accords de paix conclus avec des groupes dépourvus d’objectifs politiques souffrent souvent d’un défaut de planification. Si un dispositif adapté est mis en place pour démanteler les cartels de la drogue et les mafias, la lutte contre la déforestation doit alors devenir une priorité centrale.

À un mois de l’élection présidentielle du 31 mai, la Colombie a été secouée par l’attentat le plus meurtrier contre des civils depuis trois décennies, faisant des dizaines de morts. Face à cette escalade, l’ancien président a exprimé ses craintes d’un retour de la violence dans plusieurs régions du pays. Il attribue cette situation à l’absence de mise en œuvre complète de l’accord de paix et à l’absence d’une politique de sécurité cohérente. Les groupes criminels, a-t-il ajouté, profitent de ce vide pour s’affronter, alimentant une partie importante de l’insécurité.

Quant à la conférence de Santa Marta, qui réunit près de soixante pays jusqu’à mercredi, Juan Manuel Santos en attend des avancées concrètes. Il espère que les participants, déjà convaincus de la nécessité d’une transition énergétique, parviendront à adopter des mesures plus tangibles pour inciter les nations à abandonner les énergies fossiles. Il a néanmoins relevé les paradoxes de certains États présents, comme la Colombie, grand producteur de charbon, ou le Brésil, qui envisage d’explorer le pétrole en eaux profondes dans le golfe du Mexique. Ces contradictions, a-t-il déploré, ne servent pas la cause environnementale.

Le prix Nobel de la paix a également critiqué les décisions prises en fonction des échéances électorales, citant la récente baisse du prix de l’essence décidée par le président Gustavo Petro, qui revient à augmenter les subventions aux carburants. À ses yeux, les dirigeants doivent cesser de privilégier le court terme et adopter un leadership visionnaire, même si cela implique des choix impopulaires. C’est là, selon lui, la clé pour répondre aux défis planétaires.

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