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Culture

Le temple Saint-Martin renaît à Montbéliard après cinq années de travaux

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Le plus ancien sanctuaire protestant de France encore en activité, situé à Montbéliard, rouvre ses portes ce samedi à l’issue d’une vaste campagne de restauration.

Édifié au début du XVIIe siècle, l’édifice de pierre blanche et de grès rose domine la place Saint-Martin depuis quatre cents ans. Sa restauration, d’un montant de 4,5 millions d’euros, a été soutenue par les collectivités publiques et la Fondation du patrimoine. Le pasteur Hugues Girardey, qui officie en ces lieux, s’enthousiasme pour la fraîcheur retrouvée de ce que les fidèles appellent volontiers « la cathédrale ». Il entend faire de ce lieu rénové un espace ouvert à l’accueil et aux échanges.

Achevé en 1607, ce sanctuaire luthérien est l’œuvre d’Heinrich Schickhardt, architecte du duc de Wurtemberg Frédéric Ier. Long de trente-sept mètres, baigné de lumière naturelle, il abrite une chaire en bois sombre placée derrière le chœur. À l’opposé, un orgue de 1755, fort de ses mille cinq cents tuyaux, surplombe les rangées de chaises contemporaines destinées aux paroissiens. Le plafond suspendu est orné d’une peinture centrale représentant Le Bon Berger, sobre témoignage de l’art protestant.

Classé monument historique en 1963, l’édifice expose aussi une copie du Retable de Montbéliard, œuvre relatant le Nouveau Testament en cent cinquante-six images, dont l’original se trouve à Vienne. L’historien André Bouvard, qui a suivi le chantier, rappelle que Schickhardt s’est inspiré de l’Antiquité et de la Renaissance après un voyage en Italie. Le bâtiment se situe à mi-chemin entre la décoration allemande et la sobriété française. La restauration a révélé des décors peints en trompe-l’œil oubliés, soulignant les fenêtres de gris clair et de bleu foncé, surmontés de frontons courbes ou triangulaires.

Des fouilles préventives ont mis au jour les vestiges de l’église médiévale Saint-Martin, des XIe et XIIe siècles, sur laquelle le temple a été bâti. Le prince Frédéric Ier avait souhaité un édifice magnifique affirmant l’identité protestante de Montbéliard. Le pays de Montbéliard compte encore près de soixante-dix temples, dont Saint-Martin, proche du siège régional de l’Église protestante unie de France. Rattaché au Saint-Empire romain germanique jusqu’en 1793, ce territoire a connu une Réforme relativement pacifique et servi de terre d’asile pour les persécutés.

Les valeurs protestantes de rigueur, d’éducation généralisée et de travail conçu comme un devoir ont marqué l’histoire locale, berceau de l’industrie automobile. Au XVIIIe siècle, des familles comme Peugeot, Japy, Méquillet ou Noblot ont contribué à faire de la région un pôle industriel majeur. Malgré la baisse du nombre de fidèles, le pasteur Girardey espère que cette réouverture permettra de conjuguer le cultuel et le culturel. Il imagine une église hybride, tour à tour havre de spiritualité et lieu d’effervescence, accueillant concerts, spectacles, expositions ou conférences, sans perdre sa vocation de lieu de culte ouvert sur l’extérieur. Le temple, rappelle-t-il, n’est pas un espace sacré mais peut devenir un lieu d’évangélisation, c’est-à-dire de rencontre de l’autre, sans prosélytisme.

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