Culture
Le retour aux sources des Moscovites, entre traditions et isolement
Dans une Russie coupée de l’Occident, de nombreux habitants de la capitale redécouvrent les coutumes et les saveurs de leur patrimoine, un phénomène amplifié par les sanctions et la politique d’isolement menée par le Kremlin.
Dans une école de cuisine moscovite, une jeune femme prépare un smetannik, ce gâteau traditionnel à la crème aigre. Comme elle, une part croissante de la population de la métropole russe renoue avec un héritage culturel longtemps délaissé. Cette tendance, portée à la fois par une quête personnelle de repères et par le contexte géopolitique, se manifeste dans l’assiette, l’habillement ou encore les loisirs. « En période d’incertitude, on cherche des repères familiers, on veut se rapprocher de ses origines pour trouver une forme de sérénité », confie une consultante de 27 ans, qui apprend à maîtriser les classiques de la gastronomie locale. Le chef qui dirige cet atelier observe un intérêt grandissant des jeunes générations pour la cuisine russe et sa réinterprétation moderne, qu’il s’agisse de confectionner des pirojkis ou de revisiter le borchtch.
Cet attrait pour le patrimoine ne se limite pas à la gastronomie. Il se traduit par la remise au goût du jour de produits oubliés comme la mûre des marais, par la renaissance du banya, le bain de vapeur traditionnel souvent accompagné de rituels vivifiants, ou encore par des accessoires contemporains comme une coque de téléphone imitant l’encadrement d’une fenêtre d’autrefois. Ce qui était autrefois perçu comme un signe de snobisme s’est largement démocratisé depuis le début du conflit en Ukraine et l’accumulation des sanctions occidentales. Des objets presque disparus du quotidien, à l’image du kokochnik, cette coiffe portée en serre-tête, font leur réapparition dans la vie sociale. Le président russe lui-même s’est réjoui de voir des jeunes femmes arborer ces tenues traditionnelles dans les lieux de sortie, y voyant un motif de satisfaction profonde.
Le Kremlin encourage activement cette distanciation avec l’Occident, ses valeurs et son mode de vie, tout en renforçant l’isolement du pays. Les plateformes étrangères sont restreintes, les médias indépendants contraints à l’exil, les liaisons aériennes directes suspendues et l’obtention de visas pour l’Union européenne ou les États-Unis est devenue une épreuve. Une Moscovite aisée de 39 ans, qui passait autrefois tous ses congés en Europe, explique ne plus souhaiter s’y rendre en raison de ces difficultés. Elle exprime sa colère non pas envers les autorités russes, mais contre ce qu’elle perçoit comme une discrimination subie en raison de son passeport, tout en affirmant n’avoir jamais approuvé l’offensive en Ukraine.
Les sondeurs constatent un renversement spectaculaire de l’opinion. Alors qu’il y a une décennie, une majorité de Russes se déclaraient pro-européens, ils sont aujourd’hui tout aussi nombreux à manifester une hostilité envers l’Europe. Ce retour aux sources est analysé comme un repli identitaire provoqué par l’isolement du pays. La perception de la Russie comme l’un des meilleurs pays au monde a plus que doublé en trente ans, passant de 36% à 76% de la population. Cette évolution se lit également dans le secteur de la mode, où des marques associent désormais broderies traditionnelles et coupes contemporaines, ou motifs floraux et style décontracté. Une designer d’intérieur explique cette tendance par un patriotisme renouvelé, ses clients préférant l’authenticité à l’imitation des modèles occidentaux. Certains lui ont même commandé une iconostase, cette cloison ornée d’icônes typique des églises orthodoxes, pour décorer leur salon.
Cependant, tous ne cèdent pas à ce dualisme imposé. Un restaurateur, co-créateur d’un établissement de cuisine russe, assume un décor volontairement hybride, mêlant l’esthétique des anciens monastères orthodoxes à la sobriété du design scandinave. Pour lui, cet engouement pour les traditions est une réponse à la pression extérieure, une forme d’éveil national. Mais il refuse l’idée d’un choix exclusif, affirmant que la Russie demeure indissociable de l’Europe et qu’il n’est pas nécessaire de trancher entre les deux.
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