Économie
L’Inde multiplie ses sources d’approvisionnement pétrolier pour conjurer une pénurie

Face à la paralysie du détroit d’Ormuz et aux tensions au Moyen-Orient, New Delhi redessine sa carte des importations de brut en se tournant massivement vers la Russie, l’Afrique, l’Iran et le Venezuela.
La guerre au Moyen-Orient a contraint New Delhi à revoir en profondeur sa stratégie d’approvisionnement en pétrole. Troisième acheteur mondial d’or noir, l’Inde voit près de la moitié de ses importations transiter par le détroit d’Ormuz, une voie maritime aujourd’hui quasiment bloquée depuis le déclenchement des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février. Pour éviter une pénurie, le pays a considérablement accru ses achats de brut russe et renoué avec des fournisseurs africains, iraniens et vénézuéliens, selon des analystes du secteur.
La Russie est devenue la bouée de sauvetage principale de l’Inde. Après avoir été contrainte de réduire ses importations russes en août dernier sous la pression de droits de douane américains, New Delhi a vu Washington assouplir sa position. En mars, les raffineurs indiens ont importé en moyenne près de 1,98 million de barils par jour de brut russe, contre environ un million en janvier et février. Cette hausse a été facilitée par une autorisation temporaire des États-Unis pour la vente de pétrole russe stocké sur des navires, prolongée jusqu’au 16 mai. Selon des sources du secteur, l’Inde aurait même acquis 60 millions de barils supplémentaires de pétrole russe pour une livraison d’ici avril.
New Delhi s’est également tournée vers d’autres horizons pour diversifier ses sources. Les importations en provenance d’Angola ont triplé en mars, atteignant 327 000 barils par jour, tandis que des cargaisons iraniennes et vénézuéliennes ont commencé à arriver en avril. Ces achats, qui avaient été évités par crainte de représailles américaines, représentent désormais respectivement 276 000 et 137 000 barils par jour. Les observateurs soulignent toutefois que le pétrole africain ne constitue qu’une solution partielle, les raffineries indiennes étant principalement conçues pour traiter des bruts aux propriétés spécifiques.
Malgré ces efforts, les perspectives restent incertaines. Les importations globales de brut de l’Inde ont chuté à 4,5 millions de barils par jour en mars, contre 5,2 millions en février. Les prix à la pompe n’ont pas encore augmenté, le gouvernement ayant préféré réduire les taxes sur l’essence et le diesel. Certains analystes redoutent toutefois une hausse pouvant atteindre 28 roupies par litre après les élections d’avril dans plusieurs États. Le ministère du Pétrole a reconnu que les compagnies publiques subissent des pertes, mais a démenti toute augmentation imminente, affirmant que l’Inde est le seul pays où les prix des carburants n’ont pas augmenté depuis quatre ans.

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