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Une coalition inédite défie le statu quo climatique

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Alors que les grandes puissances énergétiques brillent par leur absence, la ministre colombienne de l’Environnement, Irene Velez Torres, affirme que les cinquante États réunis à Santa Marta forment une force capable d’accélérer la transition hors des énergies fossiles, sans attendre les COP onusiennes.

La cinquantaine de pays participant cette semaine en Colombie à une conférence sans précédent sur l’abandon des énergies fossiles constituent une « nouvelle puissance », a déclaré dimanche Irene Velez Torres, la ministre colombienne de l’Environnement, à l’occasion d’un entretien. Cet événement parallèle, que boudent les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre comme les États-Unis, la Chine ou la Russie, vise à contourner l’impasse des négociations climatiques onusiennes. L’ancienne ministre des Mines et de l’Énergie entend avancer avec les nations désireuses d’accélérer la transition énergétique, en marge des discussions de haut niveau prévues les 28 et 29 avril dans le port caraïbe de Santa Marta.

Interrogée sur le risque que l’absence des plus gros émetteurs nuise à la crédibilité de l’événement, Irene Velez Torres a estimé qu’il fallait voir les choses autrement. Lorsque ces grands pollueurs étaient présents aux COP, ce sont eux qui ont opposé leur veto pour empêcher tout débat sur la nécessité d’aller au-delà des énergies fossiles. Aujourd’hui, il est pertinent de se concentrer sur les plus de cinquante pays réunis, représentant près de la moitié de la population mondiale, incluant des nations consommatrices, productrices et vulnérables, du Sud comme du Nord. Selon elle, cette coalition constitue désormais une nouvelle force.

Quant à l’autorité d’un éventuel accord issu de Santa Marta, la ministre a souligné qu’aucune déclaration conjointe ni nouvel engagement contraignant n’était attendu. L’objectif est d’obtenir des solutions, lesquelles ne dépendent pas nécessairement de la présence des plus gros émetteurs. Elle espère que ces derniers les rejoindront un jour.

Cette conférence, qui se tient en parallèle des négociations climatiques de l’ONU, traduit une frustration croissante face aux limites des sommets annuels des COP. Irene Velez Torres a reconnu la crise du multilatéralisme, sans pour autant appeler à y renoncer. Au contraire, elle plaide pour un multilatéralisme plus profondément ancré dans les populations, au-delà des gouvernements, des prismes idéologiques ou des lobbys économiques, et pour la création de nouveaux alignements et alliances.

Interrogée sur la possible fin des COP, la ministre a rappelé que ces conférences ont démontré une capacité de dialogue, mais aussi des limites. L’une d’elles tient à l’influence du lobby pétrolier, qui a faussé les sujets pouvant être abordés. Une autre réside dans la méthode du consensus, qui a de facto empêché des pays comme la Colombie de discuter de mesures plus ambitieuses concernant les combustibles fossiles. Enfin, un problème méthodologique a limité la prise en compte des voix de la société civile.

Quant aux résultats concrets de cette conférence, Irene Velez Torres a annoncé le lancement du premier groupe d’experts scientifiques dédié à la transition énergétique. Ce groupe pourra conseiller villes, régions, pays et coalitions dans l’élaboration de feuilles de route pour leur propre transition. Un rapport de synthèse des contributions des gouvernements, de la société civile, du secteur privé et des syndicats sera également produit. Ce document sera remis aux présidences des COP30 et COP31 afin d’alimenter la feuille de route mondiale pour sortir des énergies fossiles.

Enfin, la ministre a abordé le paradoxe colombien : le pays prône la transition vers les énergies propres tout en demeurant un grand producteur de charbon et de pétrole. Elle a rappelé que le gouvernement du président Gustavo Petro a annoncé l’arrêt de nouveaux contrats d’hydrocarbures et de l’expansion de l’exploitation minière du charbon. Ces décisions ont encouragé des économies productives fondées sur l’alimentation, le tourisme et l’industrialisation. L’année 2025 a montré, pour la première fois, que les exportations de café ont rapporté plus de devises que celles de charbon. Cette même année, la Colombie a produit davantage d’électricité à partir de sources renouvelables non conventionnelles, notamment le solaire, qu’à partir du charbon.

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