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Le défi citoyen de la propreté urbaine à Abidjan

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Dans les ruelles populaires de la capitale économique ivoirienne, une jeunesse engagée mène un combat quotidien contre l’insalubrité et les mentalités, espérant insuffler une culture de la propreté durable.

Un dimanche matin dans le quartier d’Attécoubé, une dizaine de jeunes volontaires s’activent à dégager des caniveaux obstrués par toutes sortes de déchets. Le masque chirurgical vissé sur le visage pour se protéger des odeurs nauséabondes, Mickaël Yao, 22 ans, supervise l’opération. Ce jeune homme a fondé l’association « Clean Street » il y a un an, après avoir constaté que ses compatriotes jetaient leurs ordures dans l’espace public sans scrupule. « Nos rues ne sont pas des poubelles », martèle-t-il.

Abidjan, métropole de plus de six millions d’habitants en pleine expansion, génère chaque jour au moins 4 500 tonnes de déchets ménagers, selon l’Agence nationale de gestion des déchets. Les caniveaux, saturés de bouteilles en plastique, d’épluchures, de restes de poisson frit ou de gravats, ne permettent plus à l’eau de s’écouler, provoquant des inondations spectaculaires lors des saisons pluvieuses. Les bénévoles, armés de pelles et de râteaux, attirent parfois la curiosité des habitants, et il arrive que des jeunes interrompent leur partie de football pour prêter main-forte.

Mais l’accueil n’est pas toujours bienveillant. « Beaucoup se moquent de nous et pensent que nous agissons par intérêt financier », confie Mickaël Yao, qui prépare son baccalauréat en candidat libre. Son inspiration lui est venue lors de voyages au Ghana et au Bénin, où certains quartiers de Cotonou lui ont semblé exemplaires en matière de salubrité. « Si ces pays y parviennent, pourquoi pas nous ? », s’interroge-t-il.

L’association compte aujourd’hui plus de soixante membres, principalement des jeunes, plus réceptifs aux messages de sensibilisation. Les générations plus âgées perçoivent souvent les remarques sur leur comportement comme une offense. Après le nettoyage, les volontaires poursuivent leur action par du porte-à-porte. Adjaratou Touré, 55 ans, prépare de l’attiéké à l’ombre de sa maison et s’inquiète pour la santé des enfants du quartier, qui jouent dans les caniveaux souillés. Elle raconte avoir récemment vu une voisine jeter son gratin de riz dans le caniveau, sans oser lui faire de remarque par crainte de conflit.

Pour Betty Goli, 23 ans, étudiante et secrétaire générale de l’association, la propreté est avant tout une question d’éducation. « De génération en génération, nous finirons par adopter les bons comportements », espère-t-elle, soulignant que les réseaux sociaux amplifient leur message. Les habitants pointent également du doigt les lacunes du service de ramassage, certains agents balayant parfois les déchets directement dans les caniveaux, tandis que d’autres regrettent l’absence de poubelles publiques à proximité.

Sarrahn Ouattara, directrice générale de l’Agence nationale de gestion des déchets, reconnaît des marges de progression. Elle déplore surtout le « manque de civisme » et la persistance du plastique, malgré un décret de 2013 interdisant les sachets plastiques, resté lettre morte. « Il faut conjuguer répression et sensibilisation pour faire évoluer les choses », insiste-t-elle, ajoutant que l’image de la Côte d’Ivoire auprès des investisseurs et des touristes est en jeu. Comme le rappellent les jeunes de Clean Street, un pays qui aspire au développement doit d’abord veiller à la propreté de son cadre de vie.

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