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Le banc d’Arguin, sanctuaire ornithologique menacé par l’érosion

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Cet îlot de sable, situé face à la célèbre dune du Pilat, subit un rétrécissement inédit qui met en péril les oiseaux marins qui y nichent et bouleverse les activités ostréicoles locales.

Au large du bassin d’Arcachon, le banc d’Arguin, formation sableuse façonnée il y a plusieurs millénaires par les courants de l’Atlantique, connaît une transformation sans précédent. Jadis long de sept kilomètres, cet espace naturel protégé ne s’étend plus aujourd’hui que sur deux kilomètres. Les tempêtes hivernales successives, baptisées Nils et Pedro, ont considérablement entamé la dune végétalisée qui servait de refuge à une colonie d’oiseaux, notamment des goélands, des sternes caugek et des huîtriers pie. La Sepanso, association mandatée par l’État pour gérer cette réserve naturelle nationale créée en 1972, observe avec inquiétude une dynamique d’érosion d’une ampleur inédite.

Les oiseaux revenus pour la saison de reproduction semblent désorientés. Le gestionnaire de la réserve constate que les volatiles tournent autour d’un modeste talus herbeux, dernier vestige de la dune qui s’étendait sur une dizaine d’hectares avant l’hiver. Certains spécimens ont pondu sur les flancs d’un monticule de sable promis à disparaître lors de la prochaine marée haute. La végétation qui leur servait de repère s’est évanouie, et l’adaptation des oiseaux à ce nouveau paysage s’annonce difficile. L’espoir repose désormais sur un possible rééquilibrage du banc ou sur l’émergence d’un nouvel îlot sableux voisin dans les années à venir.

Les spécialistes du milieu marin rappellent pourtant que ce phénomène s’inscrit dans un cycle naturel de déplacement des sédiments. Le banc d’Arguin, par sa nature même, est une structure mouvante, constamment remodelée par les marées et les vagues. Son sable, sa morphologie et son positionnement évoluent en permanence. Si ce joyau de biodiversité semble condamné à disparaître sous sa forme actuelle, un autre banc pourrait émerger et offrir un habitat similaire à la faune locale. Ce mécanisme de remplacement, bien que lent, est considéré comme classique dans cette zone de rencontre entre l’océan et la lagune.

Les ostréiculteurs, installés sur Arguin depuis les années 1980, n’ont pas la patience d’attendre ce réajustement. Près de quatre-vingt-cinq parcelles d’élevage ont été ensablées ou ont disparu, forçant les conchyliculteurs à se réinstaller à l’intérieur du bassin. Pour ces professionnels, le banc représentait un lieu d’exception, avec une qualité d’eau et un apport planctonique propices à des huîtres charnues. La rapidité du rétrécissement les a contraints à abandonner ces parcs, alors que le site attirait chaque été jusqu’à douze cents bateaux de plaisanciers avant son classement en réserve naturelle.

Pour l’été à venir, la préfecture prévoit d’autoriser un bref débarquement des touristes sur une petite portion du banc. L’objectif est de permettre au public de s’approprier ces espaces naturels pour mieux les protéger, tout en maintenant un périmètre sanctuarisé, jalonné de panneaux, de chaînes et de bouées en mer, loin du cœur de la réserve.

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